Depuis deux ans, une série de mesures visant à renforcer le respect et le civisme dans les écoles de la province ont été mises en place. Après l’interdiction du cellulaire, des écouteurs et des appareils mobiles personnels du début à la fin des cours, pendant les pauses et le dîner, sur l’ensemble du terrain des écoles publiques et privées au Québec, une nouvelle mesure est entrée en vigueur en janvier : le vouvoiement. Dorénavant, les élèves « doivent » utiliser le « vous » lorsqu’ils s’adressent au personnel de l’école, tout en utilisant le titre de « madame » ou de « monsieur ».
La distance du « vous »
Sur le terrain, le personnel scolaire est loin d’être unanime quant à l’application du vouvoiement. Pour plusieurs, cette distance que crée l’emploi du « vous » de politesse va à l’encontre du lien souvent essentiel et recherché, tant pour les enfants que pour le personnel scolaire. Les enfants issus de milieux familiaux dysfonctionnels ou qui sont en difficulté d’apprentissage, pensons aux classes d’adaptation, par exemple, ont besoin de ce lien avec l’adulte qu’ils côtoieront (normalement) tout au long de l’année.
Selon moi, cette distance n’implique pas nécessairement le respect. Il est possible d’être irrespectueux en vouvoyant son vis-à-vis et les enfants y sont régulièrement exposés. (Pensons aux échanges entre politiciens, par exemple). Et il en va de même pour la violence en général !
S’ajoute à cette application discutable, la barrière conceptuelle de la langue. Les écoles accueillent des enfants issus de l’immigration pour qui la règle du vouvoiement peut être difficile à comprendre, celle-ci n’existant tout simplement pas dans leur langue maternelle.
Alors oui, force est de constater qu’il faut effectivement agir devant la montée des gestes de violence et d’intimidation, particulièrement en milieu scolaire. Il semblerait que l’absence de cellulaires a des effets positifs dans les écoles. En sera-t-il de même avec le vouvoiement ? L’enseignement du respect et de la civilité ne commencerait-il pas tout simplement en dehors des murs de l’école, où il se poursuivrait ? Ne serait-il pas alors plus facile de venir en aide aux enfants « plus violents » ?
« Les enfants sont éduqués par ce que l’adulte est, et non par ses bavardages. » Carl Gustav Jung
Sophie Marais,
journaliste-pigiste

