Changer les règles du jeu au détriment de la forêt privée

Forêt

La Fédération des producteurs forestiers du Québec (FPFQ) réagissait récemment avec consternation aux amendements déposés par le ministre des Ressources naturelles et des Forêts, Jean-François Simard, dans le cadre de l’étude du projet de loi n° 11.


En effet, les amendements proposés « modifient en profondeur les règles du marché du bois au seul bénéfice des industriels s’approvisionnant en forêt publique, et font abstraction des conséquences néfastes, directes et prévisibles pour les producteurs forestiers de la forêt privée », peut-on lire dans leur communiqué de presse.


Il faut savoir que le ministère met déjà en marché 68 % du bois à partir des forêts publiques du Québec et que ces amendements consolideront une situation d’abus de position dominante au détriment des propriétaires forestiers, qui assurent pourtant 21 % de l’approvisionnement en bois rond de l’industrie, selon la FPFQ. Le ministre propose entre autres d’abolir la redevance annuelle exigée pour sécuriser l’approvisionnement en bois des industriels des forêts publiques, de revoir la tarification du bois public en fonction de la rentabilité des entreprises et de leurs conditions de marché, et met fin au système d’enchères qui constituait la seule référence indépendante pour établir la valeur marchande du bois public.

« On ne réformera pas le régime forestier en traitant 162 900 propriétaires forestiers comme une simple variable d’ajustement. Derrière ces chiffres, il y a des familles, des communautés rurales entières qui dépendent de la vitalité de leurs boisés. […] Le projet de loi n° 11 est encore à l’étude. L’occasion de corriger le tir est réelle. Nous demandons au gouvernement de la saisir, cette fois, avec les producteurs forestiers à la table », a déclaré Gaétan Boudreault, président de la FPFQ.

Environnement règlementaire à revoir
La transformation de l’industrie forestière est devenue nécessaire. La FPFQ tout comme Groupement Forestier du Québec (GFQ) insistent sur l’urgence de simplifier l’environnement réglementaire, notamment en confiant aux MRC la responsabilité de réglementer l’abattage d’arbres et en instaurant une consultation obligatoire des intervenants forestiers régionaux, urgence que le ministre semble ne pas avoir entendue, selon la FPFQ.


Jonathan Blais, président Estrie des Producteurs et productrices acéricoles du Québec fait lui aussi valoir sa déception face à « l’aplaventrisme politique » dans cette crise forestière. « On ne valorise pas nos matières premières. On n’est pas capable de se sortir de cette habitude. On entretient le colonialisme de nos ressources. Et on répète le même scénario… on demeure déficitaire d’années en années ».


Alors que la forêt privée va tenter de mettre en vente du bois qui sera concurrencé par la forêt publique, le marché ne pourra que plonger pour les propriétaires privés. C’est une concurrence déloyale qui vient de s’accentuer. La rentabilité sera encore plus difficilement atteignable, voire inexistante pour les producteurs de forêt privée.


Selon M. Blais, il y a toujours eu « une entité au-dessus du ministère, la Domtar ». Et la plus récente décision du ministre vient de « garantir des ressources et des coûts de production à Jackson Wijaya, [propriétaire de Domtar] ». La CSN demandait elle aussi récemment à ce que cet homme d’affaire étranger respecte ses obligations.


« La forêt est un bien collectif qu’on devrait se réapproprier. J’invite les citoyens des grands centres à s’y promener pour s’en rendre compte et se manifester », conclut monsieur Blais.

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