De gauche à droite: Sylvain Lessard Directeur du CJE du Haut-St-François, La mairesse de La Patrie Johanne Delage, Jacqueline Kavunzu, coordonnatrice de la campagne Ose le haut, Marlene Orellana, intervenante à l’accueil et à l’intégration MRC – Service d’aide aux Néo-Canadiens et Anna-Lissa Raymond, conseillère en régionalisation et entreprises – Service d’aide aux Néo-Canadiens.
Dans le Haut-Saint-François, à l’opposé des États-Uniens qui doivent aujourd’hui contrôler l’immigration par la force et l’ordre avec une brigade policière comme l’ICE (Immigration and Customs Enforcement), nous avons, issus d’une ingénierie sociale collective, mis en place une brigade d’accueil pour l’intégration des nouveaux arrivants.
Plutôt que de créer une nouvelle entité communautaire, trois organismes déjà bien implantés ont choisi d’unir leurs forces pour former une offre d’accompagnement structurée, soutenue par une entente avec le ministère de l’Immigration, de la Francisation et de l’Intégration du Québec (MIFI) et la MRC du Haut-Saint-François. Cette stratégie participative regroupe le Service d’aide aux Néo-Canadiens (SANC), l’organisme Ose le Haut et le programme Place aux jeunes HSF du Carrefour jeunesse-emploi (CJE).
En entrevue avec cette fratrie communautaire, Sylvain Lessard, du CJE, explique que les besoins des nouveaux arrivants sont variés et éclatés : recherche d’emploi, francisation, parfois même détresse personnelle. Une réalité prise en charge par la brigade d’accueil, mais qui exige une capacité d’adaptation constante aux différentes saisons politiques, passées de la promotion en ère de pandémie à un déboulonnage des mythes aujourd’hui.
La participation et la coopération constituent l’un des principaux défis. Marlène Orellana nous confiait espérer une mobilisation accrue des municipalités. Elle tient d’ailleurs à préciser que le service ne s’adresse pas uniquement aux immigrants, mais à tout nouveau résident de la région.
Les personnes issues de cultures différentes peuvent parfois se sentir exclues, craindre les autorités par manque d’information et s’isoler. Cette réalité est accentuée par la vaste étendue du territoire et la faible densité de population du Haut-Saint-François. Malgré l’organisation d’activités visant à rassembler et à créer des liens, Marlène Orellana évoque une métaphore parlante : celle de l’enracinement.
« Pour s’enraciner ici, ça prend un bon terreau, une terre où l’on met toutes les composantes — la population et les organismes — pour que les gens se sentent bien ici. »
L’accompagnement dépasse la simple intégration des nouveaux arrivants, rappelle Anna-Lissa Raymond. Il s’agit aussi d’appuyer les entrepreneurs dans la rétention de leurs employés, d’établir des procédures adaptées aux communications interculturelles et de soutenir les entreprises qui accueillent de la main-d’œuvre étrangère par des formations ciblées.
Mme Raymond souligne également que le SANC a pour mission de promouvoir la grande région : expliquer concrètement ce que signifie vivre ensemble dans le HSF : les écoles, les emplois, les services, le milieu de vie.
La nouvelle réglementation du gouvernement de la CAQ pourrait toutefois compliquer les efforts d’intégration. Avant 2025, il était plus simple de venir travailler et d’amener sa famille, mentionne Marlène Orellana, qui rappelle que les gens aiment vivre ici et qu’ils apprécient le territoire. De son côté, Sylvain Lessard souligne que ce qui les freine surtout, ce sont les contraintes administratives.
Malgré les cycles politiques parfois polarisants, la brigade d’accueil ajuste ses interventions pour continuer d’accompagner les personnes.
Le français demeure une priorité en matière d’immigration au Québec. Dans la région, un service de francisation bien implanté est accessible. Jacqueline Kavunzu, d’Ose le Haut, rappelle qu’apprendre le français rapidement — en deux ans, par exemple — nécessiterait un investissement à temps plein. Dans un contexte où les personnes doivent travailler, la tâche se complique. Pour les travailleurs temporaires qui viennent, repartent et reviennent, l’apprentissage demande une volonté constante.
Plusieurs mythes persistent. Certains croient que les travailleurs étrangers seraient mieux adaptés aux travaux agricoles ou aux emplois de manœuvre, ou encore qu’on pourrait leur en demander davantage qu’aux travailleurs locaux en raison de leur contexte social. D’autres imaginent qu’ils vivent nécessairement dans des conditions insalubres. Sans nier que des dérives puissent exister, la brigade d’accueil rappelle que ces travailleurs sont protégés par les normes du travail du Québec et par la Commission des normes, de l’équité, de la Santé et de la Sécurité du travail. L’accompagnement inclut l’explication de leurs droits et la compréhension des contrats signés.
Le Haut-Saint-François sait-il vivre ensemble ? La région semble porter en elle une réelle culture d’hospitalité — cette brigade d’accueil en est une preuve concrète. Il reste néanmoins du chemin à parcourir face à certaines formes de racisme, parfois plus insidieuses que frontales. Un « racisme de curiosité », comme le décrit Mme Raymond : cette tendance à vouloir tout savoir, à pointer la différence.
Johanne Delage, la mairesse de La Patrie, rappelle qu’elle-même, arrivée à La Patrie, s’était déjà fait appeler « l’étrange » malgré qu’elle soit québécoise. Tous s’entendent cependant sur une chose : la meilleure manière de lutter contre le racisme demeure l’information, la rencontre et l’ouverture à l’autre — même au plus loin de nos campagnes

