photo : SYLVAIN DODIER
Depuis plus de quinze ans, la destinée de l’Aéroport de Sherbrooke – niché au coeur de la forêt de Cookshire-Eaton – vacille d’études économiques en stratégies de développement. En mars dernier, désireuse de bénéficier des investissements massifs en défense annoncés par le gouvernement canadien, la Ville de Sherbrooke présentait sa Stratégie DEFSEC Sherbrooke.
L’aéroport en est un des éléments structurants à travers son Plan d’utilisation et de développement des infrastructures et terrains (PUDIT), publié en juillet 2025. Serait-ce le virage tant attendu ou une nouvelle étape dans une longue succession de projets de relance?
Mis en service en 1965, l’aéroport de Sherbrooke n’a jamais obtenu la désignation permanente de l’ACSTA, l’organisme responsable du contrôle de sécurité des passagers et des bagages dans les aéroports canadiens. Depuis la faillite d’Air Sherbrooke en 2010, aucun vol commercial régulier n’y a été offert.
Tentatives infructueuses
« On a tenté dans les dernières années, pour ne pas dire décennies, de trouver finalement la raison d’être de cet aéroport. À une époque, ça a été de regarder pour des lignes commerciales régulières… là on est ailleurs », nous indique en entrevue Marie-Claude Bibeau, mairesse de la Ville de Sherbrooke. Le nouveau projet phare pour le développement de l’aéroport est celui de Flying Whales et de ses dirigeables-cargo.
Le chantier de l’usine devrait être lancé en 2027 et les opérations débuter en 2029. Mais l’incertitude est au programme, puisque le gouvernement québécois, qui a déjà injecté 75 millions dans le projet, a annoncé récemment ne plus avoir l’intention d’en octroyer davantage.
Une gestion régionale de l’aéroport?
« Non, c’est une infrastructure municipale de la Ville [de Sherbrooke], répond Mme Bibeau. L’aéroport, c’est un organisme sans but lucratif indépendant qui l’administre et qui va bientôt mettre à jour ses règlements généraux. Je crois qu’on peut dire qu’il va toujours y avoir un observateur de la MRC du Haut-Saint-François qui va être au conseil d’administration, c’était le cas avant et j’ai confiance que ça va demeurer ainsi. »
Selon Mme Bibeau, des discussions embryonnaires sont déjà en cours avec Mme Daphnée Raymond, mairesse de Cookshire-Eaton, etM. Robert Roy, préfet de la MRC, pour développer ensemble une zone industrielle cohérente avec les opérations de l’aéroport. Comme indiqué dans le PUDIT, celle-ci jouxterait la zone d’activité aéroportuaire et pourrait notamment accueillir Flying Whales. L’objectif de Mme Bibeau : convenir d’une entente intermunicipale.
Malgré plusieurs demandes d’entrevue adressées à la Ville de Cookshire-Eaton afin de connaître sa position sur le dossier, aucun retour n’a été obtenu.
Si du côté de la mairie de Sherbrooke le processus semble clair, le propos est plus nuancé du côté de la MRC du Haut-Saint-François. Bien qu’en accord avec un « développement intelligent » de cette zone industrielle, le préfet nous indique en entrevue ne jamais avoir encore travaillé avec Mme Bibeau à titre de mairesse. Il ne connaît donc pas précisément ses intentions. Par exemple, à l’évocation du DEFSEC, M. Roy répond spontanément : « J’ai jamais entendu parler de ça, ils ne m’ont jamais approché pour ça ».
La DEFSEC intègre quatre documents structurants du développement économique de Sherbrooke, dont le PUDIT. Associés au sein d’une même stratégie, ils convergent aujourd’hui vers une vision commune : « la défense, la sécurité et les technologies duales constituent un levier naturel de résilience, d’innovation, de diversification et de montée en valeur pour Sherbrooke », comme l’indique le document officiel publié en mars 2026.
Pour élaborer cette stratégie, les auteurs se sont appuyés sur une cinquantaine de documents provenant notamment du gouvernement fédéral, de l’OTAN, des Services canadiens du renseignement et de la Ville de Sherbrooke. Aucune référence recensée ne provient toutefois de la MRC du Haut-Saint-François et le document ne mentionne aucune consultation formelle d’organismes ou d’individus du territoire.
La mairesse de Sherbrooke insiste pour distinguer la DEFSEC du PUDIT, mais il n’en demeure pas moins que ce plan de développement de l’aéroport et de son territoire est aujourd’hui entièrement intégré à la DEFSEC par son administration. Ainsi, l’aéroport est présenté comme un actif stratégique, une infrastructure critique à sécuriser. « Le PUDIT vise entre autres à moderniser et à sécuriser les infrastructures aéroportuaires afin de soutenir notamment des projets industriels exigeants. La logique de DEFSEC s’arrime pleinement à ces ambitions, notamment pour le développement de zones consacrées aux manufacturiers de pointe et aux activités aériennes et logistiques sécurisées ou sensibles », indique-t-on dans le document de présentation.
Questionnée à savoir si des études environnementales et d’acceptabilité sociale avaient été réalisées avant l’adoption de la Stratégie DEFSEC Sherbrooke, Mme Bibeau explique : « Ben non… on parle d’une stratégie de développement. Il y aura des études au moment venu si on a un projet concret sur la table. »



