Les tricoteuses de Saint-Malo. photo Carolyne Weldon.
par Carolyne Weldon, Initiative de journalisme local
À Saint-Malo, un groupe de grand-mères aux doigts de fée fait face au départ de deux jeunes soldats de leur communauté pour la Lettonie en se rassemblant pour tricoter des petites poupées qui seront distribuées à des enfants en zone de guerre.
De fil en aiguille, la réalité des conflits armés mondiaux s’est invitée dans la vie paisible de Marjolaine Beaudoin et de Micheline Robert, deux résidentes de Saint-Malo.
Leurs petits-enfants Sandrine (24 ans) et Antony (18 ans), tous deux basés à Valcartier, ont été déployés en Lettonie ce printemps pour participer à l’opération REASSURANCE, qui contribue « aux mesures de dissuasion et de défense de l’OTAN en Europe centrale et en Europe de l’Est », selon le gouvernement canadien.

Des poupées «Izzy» tricotées à Saint-Malo. photo Carolyne Weldon.
Plus de 2 000 membres des Forces armées canadiennes sont aujourd’hui positionnés en Lettonie, tout petit pays frontalier de la Russie. C’est le plus important déploiement militaire canadien à l’étranger à l’heure actuelle.
En solidarité avec Sandrine et Antony, mais aussi pour contrer l’isolement, Marjolaine Beaudoin, présidente du Club Fadoq St-Malo, a mis sur pied un groupe de tricot inspiré d’une riche tradition militaire canadienne : les poupées « Izzy ».
Une tradition canadienne
Les poupées dites « Izzy » sont des petits personnages tricotés ou crochetés à la main qui sont offertes par les Forces armées canadiennes aux enfants en zone de conflit ou de désastre.
Les poupées, qui peuvent prendre n’importe quelle apparence, ont toutes une chose en commun : une taille maximale de six pouces, qui leur permet d’être transportées dans la poche d’un uniforme.
La tradition provient du caporal Mark « Izzy » Isfield, qui distribuait ces poupées, alors tricotées par sa mère Carol, lors de ses missions de maintien de la paix en Croatie.
Après sa mort dans l’explosion d’une mine, en 1994, sa mère a continué à tricoter les poupées pendant plus d’une décennie. Son unité a donné le nom « Izzy » à ces petits jouets réconfortants et a poursuivi la mission du caporal en les distribuant. Aujourd’hui, au Québec et partout au Canada, des bénévoles comme le groupe de Saint-
Malo continuent de tricoter des poupées pour perpétuer cet héritage.
« Imagine que tu n’as plus rien »
« Ça donne des frissons, dit Jocelyne Ouellet, l’une des tricoteuses. Imagine un enfant qui a vu ses parents se faire massacrer, qui n’a plus rien, qui ne parle pas la même langue. Et on arrive avec une poupée pour eux. Un cadeau. Chaque petit bonhomme est rempli d’amour, dit-elle avec émotion. Chaque maille est remplie d’amour. »
Les tricoteuses de Saint-Malo font relâche pour l’été, mais doivent reprendre leurs rencontres à l’automne. Marjolaine Beaudoin maintient que le groupe est ouvert à toute personne « qui sait même juste un peu tricoter, malgré que cette personne ne soit pas membre du Club Fadoq Saint-Malo. C’est avant tout un projet humanitaire », souligne-t-elle.



