Paroles de remorqueurs : quelques routes où redoubler de prudence

Incident

par Carolyne Weldon, Initiative de journalisme local
L’une des plus grandes frousses que j’ai eue cet hiver était au volant de ma voiture, quelque part sur le chemin de Westleyville, un paisible chemin de campagne qui relie Cookshire au chemin Sand Hill, aux abords du village d’Ascot Corner.

C’était entre Noël et le Jour de l’an, par jour de grand verglas. Tout allait relativement bien, malgré l’étincelante couche de glace qui nappait le paysage, jusqu’à ce que je m’engage dans une côte qui longe à cet endroit une érablière. Malgré mes précautions et mes quatre roues motrices, j’ai immédiatement perdu le contrôle de mon véhicule qui a fait un magnifique tête-à-queue avant d’aller s’enfoncer dans le fossé.


J’ai appris plus tard, par la dame chez qui je suis allée demander de l’aide, que cette pente avait joué le même tour à des douzaines de conducteurs au fil des ans. J’ai également appris, par le sympathique voisin qui m’a sorti de là, que cette section dénivelée du chemin de Westleyville était souvent laissée à elle-même, sans sel ni sable ni gravier ni passage de « peigne ». Située en plein sur la ligne de délimitation entre les municipalités d’Ascot Corner et de Cookshire-Eaton et n’offrant pas d’option pour faire demi-tour, elle était pour ainsi dire évitée par les déneigeuses des deux côtés, qui craignaient elles-mêmes d’y rester coincés.


Mais ce bout de chemin est loin d’être la seule zone hasardeuse de notre belle région. J’ai parlé avec quelques remorqueurs d’ici pour tenter de découvrir quels coins les avaient tenus les plus occupés cet hiver. Voici ce que m’ont raconté ceux qui vivent cette réalité de près.


Pour Gilles Gendron, de Remorquage Gilles Gendron, à Bury, la « pire place » c’est évidemment la route 108, passé les Plantations Pierre Mailhot et fils, à l’intersection du chemin Card. « Il y a eu trois accidents là trois semaines de suite, relate-t-il. Le deuxième, il y a eu deux décès. » M. Gendron ajoute que selon lui, l’entretien de la 108 peut être en jeu. « C’est le MTQ [Ministère des transports du Québec] qui ouvre la 108 maintenant. C’est moins bien entretenu. On trouve que c’est long avant qu’ils passent. On dirait qu’ils attendent qu’il y ait un accident, déplore le remorqueur. Quand ça vire mal, y’est trop tard. »


Toujours sur la route 108, M. Gendron mentionne également les environs de l’ancienne ferme Lesperron (qui fait maintenant la vente d’équipements d’érablière), « moins pire cette année » mais où « il y a habituellement de gros problèmes avec la poudrerie » et la courbe près de Pisciculture Gilbert, juste avant la limite de Lingwick.


Il admet que dans son coin, un certain nombre de clients sont des touristes ou des visiteurs de passage qui n’ont pas l’habitude de nos routes de campagne. « Le monde ici sait qu’il y a un fossé, dit M. Gendron. C’est le monde de la ville qui ne connait pas ça. Le monde de Montréal, ils se mettent sur le côté et ils restent pris. En ville, c’est un trottoir qu’il y a là. »


Mais la responsabilité dans les accidents ou sorties de route, m’a-t-il rappelé, c’est « 50% la route, 50% les conducteurs. Oui il neige à tous les jours et ça glace à plein. C’est coulant. Ça poudre. Mais c’est au monde de s’adapter, affirme M. Gendron. C’est à eux autres de contrôler leur véhicule. »


Robert Dumont, du Centre de l’Auto Angus, à East Angus abonde dans le même sens, mais va plus loin. Il n’y aurait pas selon lui de routes problématiques sur notre territoire, seulement des conducteurs problématiques. « L’enjeu est que les chauffeurs manquent d’expérience, dit M. Dumont. Les chauffeurs n’adaptent pas leur conduite aux conditions hivernales. »


Quand on lui demande qui il a remorqué cet hiver, Hachim de Remorquage Haut-St-François, à Weedon, indique que nos routes hivernales ne discriminent pas. Tous y passent, hommes comme femmes; petites voitures comme gros « pick-up » 4×4.


Les hommes sont plus téméraires, « ce qui entraîne des problèmes », explique-t-il. Les femmes, pour leur part, ont plutôt tendance à faire excès de prudence, ce qui les amène à quitter la route pour éviter un obstacle ou un marcheur, selon lui. Au niveau des pertes de contrôle, il note qu’il s’agit plutôt « des petites autos, qui ont moins d’empattement ». Dans le cas des 4×4, réputés plus fiables, l’ennui est que leurs conducteurs essaient souvent de se sortir d’affaire eux-mêmes après s’être enlisés. « Ils pensent pouvoir s’en sortir tout seuls et se prennent pire », affirme-t-il.


Comme zones sensibles, Hachim mentionne le chemin Hooker entre Dudswell et Bishopton, la route 257 entre Weedon et Ham Sud « où il y a souvent des accidents, été comme hiver », ainsi que la 112, dans le secteur Saint-Gérard.


D’autres routes sont selon lui plus dangereuses en raison de la présence de chevreuils, ou plus récemment, de dindons sauvages. Il observe que de nombreux accidents et sorties de route sont imputables à des conducteurs qui perdent la maîtrise de leur véhicule en tentant d’éviter des collisions avec la faune. « Il y a des secteurs où je passe chaque jour vers 20-21 h, et chaque fois, je vois un chevreuil », explique le remorqueur. « Le truc, c’est de rouler moins vite, dit-il. C’est à nous de prévoir qu’il y aura un chevreuil sur la route. »

Commentaires de lecteurs sur quelques routes dangereuses du Haut-Saint-François

Chantale Duhaime :
La 108 à partir du chemin Card en allant vers Lingwick jusqu’à la ferme Gilbert.
Gaby Nô :
La limite de vitesse qui n’est jamais respectée à Eaton Corner. Avec plus d’une douzaine d’enfants dans ces quelques maisons, ça serait bien d’avoir un radar comme les autres villages.
Vicky Loiselle :
Gaby Nô, bien d’accord avec toi, on a toujours été plusieurs enfants dans le village, la vitesse est pas suivie, même pour les adultes c’est dangereux, et pas juste sur la Principale. Sur le chemin Laberee ça roule vite.
Benoit Courchesne :
Le tronçon de la 112 entre Bishopton et Weedon. Il y a beaucoup de chevreuils. Plusieurs courbes longues et prononcées. Souvent il y a plus de neige dans cette partie parce qu’on commence à monter. Entre Beaulac et Disraeli le chemin a aussi beaucoup de courbes.

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