Mon opinion diverge de celle de Madame Marais concernant l’entrée en vigueur du vouvoiement dans les écoles, publiée le 28 janvier dernier.
Un enseignant n’est pas l’ami de l’élève. Ce n’est ni son « chum », ni son « pote », ni son « hé ». C’est un éducateur, un professeur, une figure de confiance, de sécurité, de savoir et d’autorité. Les élèves ont besoin de balises et d’encadrement. Le vouvoiement contribue à établir cette posture professionnelle.
Dans toutes les sphères de la société, le vouvoiement s’utilise selon la hiérarchie. L’exemple des politiciens que vous évoquez n’est pas pertinent : entre eux, il n’existe pas de rapport hiérarchique.
Le vouvoiement n’instaure pas la distance ; il instaure le respect.
Vous avancez que les enfants en difficulté d’apprentissage ou issus de milieux familiaux dysfonctionnels auraient besoin d’un lien d’amitié avec leur professeur. Ces enfants ont besoin d’un adulte solide, cohérent, rassurant. Ils ont besoin d’un modèle, pas d’un ami de substitution. Le vouvoiement contribue justement à clarifier ce rôle protecteur et structurant.
Vous affirmez que certains enfants immigrants auraient du mal à apprendre le vouvoiement parce qu’il n’existe pas dans leur langue maternelle. Devrait-on aussi abolir le féminin et le masculin parce qu’ils n’existent pas dans certaines langues? Soyons logiques : les nouveaux arrivants apprennent le français tel qu’il est, dans toute sa richesse. Le vouvoiement en fait partie.
Même pour nos enfants francophones, il est urgent de réapprendre le vouvoiement. Il fait partie de leur environnement quotidien : journalistes, animateurs, émissions où l’autorité est reconnue.
Le « vous », formulation empreinte de dignité et de respect, ne doit pas disparaître. Il était bien vivant jusqu’au début des années 1990, avant que ne s’installe une familiarité déconcertante.
Louise Corbeil
Dudswell

