Louisette Gauthier-Mitchell devant le triptyque Le voyage du peintre, 2024. PHOTO: Sylvain Dodier
Jusqu’au 4 octobre, l’Espace culturel Cookshire-Eaton propose ATLAS INTÉRIEUR, une envoûtante double exposition de la peintre Louisette Gauthier-Mitchell. Dans la salle principale, l’artiste présente une quinzaine de grandes toiles, véritables pages de l’atlas de ses pays imaginaires. Au rez-de-chaussée, Gauthier-Mitchell nous dévoile ses territoires secrets : travaux d’atelier, dessins, artefacts et sculptures. Établie à Stanstead, en Estrie, depuis 2000, l’artiste y présente l’aboutissement de quelque 25 années de recherche.
Liberté et ouverture
Artiste et professeure au Département d’arts plastiques de l’UQAM de 1969 à 1997, Louisette Gauthier-Mitchell poursuit une importante carrière de création, jalonnée d’expositions dans des musées et des centres d’art. Elle nous rappelle que ce statut professionnel lui a permis une grande liberté de création. « Ça m’a permis toujours d’avoir une position de force dans ce sens que j’ai toujours été libre. Libre financièrement […] quand on est une artiste, ça veut dire qu’on n’est soumis à rien. »
Une recherche artistique qui, pour le public, résonne avec l’univers onirique des peintres Marc Chagall et Jean Dallaire. À cette évocation, Gauthier-Mitchell répond : « Il y a de grandes familles spirituelles de peintres. Moi, je me classe beaucoup dans la famille de Chagall. Dans notre quête, on a touché les mêmes lieux. » Elle précise que Chagall et Dallaire ont été, dès sa jeunesse, deux figures marquantes dans sa façon de concevoir l’art : « Ce n’était pas une façon terre à terre, c’était une façon qui était au niveau du rêve. »

Vernissage de Louisette Gauthier-Mitchell à l’Espace Culturel Cookshire-Eaton. PHOTO : Sylvain Dodier
« Jouer, jouer, jouer pour se recréer. Jouer pour créer », dira Gauthier-Mitchell devant la cinquantaine de convives rassemblés pour son vernissage le 23 août dernier. Avec ses paysages imaginaires libérés des notions de bien ou de mal, de réel ou d’irréel, tout devient possible. On plonge dans ses tableaux comme on part en voyage dans un monde inconnu, où l’enfance et le jeu ne sont jamais bien loin.
Du particulier à l’universel
Gauthier-Mitchell revendique une création profondément personnelle, convaincue que le particulier peut rejoindre l’universel. « Si on part d’un point de vue individuel que l’on assume bien, que l’on réfléchit, cette petite parcelle de vérité peut déboucher sur beaucoup plus universel. »
« Je ne peux pas travailler dans le solide », expliquait-elle lors du vernissage. Elle dessine l’énergie, traduit la légèreté et fait surgir la joie, même lorsqu’elle aborde des sujets graves.
Cette liberté passe aussi par la mixité. Gauthier-Mitchell fait coexister dans un même tableau « plusieurs sensations différentes, plusieurs mondes différents », jusqu’à accueillir nos propres contradictions. « On ne marche pas sur une autoroute dans la vie », rappelle-t-elle. Une coexistence des mondes, des perceptions et des langages qui porte aussi un souhait d’une grande simplicité : « Si le monde pouvait accepter les différences, ça irait mieux. »



