Pour un tourisme responsable qui préserve le meilleur de nous

Au déclin de notre hiver, le long chemin Saint-Paul, encore temporairement gelé, se rétrécit de plus en plus alors qu’il arrive au coin le plus sud-est du Haut-Saint-François.


Il se termine là où le vélo de montagne et le ski hors-piste commencent, mais peu de personnes semblent s’y rendre. Ce coin de notre pays, qui se trouve en fait à cet endroit dans la région du Granit, est connu sous le nom des sentiers El Dorado de Chartierville. Ce village de plus de 300 personnes offre aussi une bibliothèque, ouverte deux heures par semaine. Cette dernière n’est pas beaucoup utilisée, non plus, mais comme les sentiers El Dorado, est très appréciée par ceux qui en profitent.
Sylvie et Mario ont réouvert le restaurant de Chartierville il y a environ un an, avec un petit dépanneur à côté, offrant des produits locaux, entre autres. Elle espère qu’il y aura plus de visiteurs cette année qui viendront louer du logement touristique et amèneront plus d’achalandage à sa petite entreprise.
Elle n’était pas au courant du sondage de Tourisme Haut-Saint-François lorsque je lui ai demandé la semaine dernière (« Je reçois tellement de courriels », m’a-t-elle dit.) Le sondage avait été envoyé la semaine d’avant, en demandant aux répondants de partager leurs perceptions de la région, ce qui la distingue et ce qui devrait être mis de l’avant. L’organisme touristique est un comité de la Société d’aide au développement de la collectivité du Haut-Saint-François. Elle souhaite revoir l’image de marque du tourisme du Haut-Saint-François, pour renforcer l’industrie, vraisemblablement.


Comme sa voisine La Patrie, en aval, Chartierville est parmi les plus belles municipalités du Québec. Certains ne seront peut-être pas d’accord avec ce grand énoncé, ce statut allant d’habitude aux villages au bord de l’eau. Ces endroits sont beaux, assurément, mais ils sont aussi souvent envahis par trop de touristes. J’ai grandi à North Hatley, mais je n’aime pas y retourner l’été maintenant dû à l’achalandage.


Le Haut-Saint-François n’a pas trop d’achalandage, et la plupart de nos résidents aimeraient que cela demeure ainsi.


Le paysage d’une région change lorsqu’elle accueille trop de visiteurs temporaires. Dans son beau livre, The Shepherd’s Life: Modern Dispatches From an Ancient Landscape, l’auteur et berger James Rebanks de la région du Lake District en Angleterre, raconte qu’ « avec une appréciation grandissante de ce paysage vient une grande responsabilité pour les visiteurs de vraiment comprendre la culture locale, sinon le tourisme devient une force matraquante qui efface beaucoup de ce qui a rendu cet endroit si spécial » (traduction libre).


M. Rebanks est devenu aussi un conseiller spécial au Centre du patrimoine mondial de l’UNESCO à Paris, pour promouvoir le tourisme responsable dans les communautés comme la sienne à travers le monde.


Environ 16 millions de personnes visitaient sa région du Lake District lors de la publication de son livre en 2015. La population régulière est de 43 000 personnes. Nous sommes 23 000 dans la Haut-Saint-François.


« Il y a des bons effets [d’avoir autant de touristes] et de moins bons », a-t-il écrit. « Ils dépensent ici plus d’un milliard de livres [environ 2 milliards de $ canadiens] par an. Plus de la moitié des emplois de la région dépend du tourisme – et beaucoup de fermes en dépendent pour leurs revenus, avec leurs couettes et cafés et autres entreprises. Mais dans certaines des vallées, 60 à 70  % des maisons sont des maisons de villégiature ou chalets estivaux, ce qui empêche beaucoup de gens locaux de pouvoir assumer le coût de la vie dans leurs propres communautés. »


On est loin, très loin de ce niveau de déséquilibre dans le Haut-Saint-François. Mais les leçons des Lake Districts, des North Hatleys, et des gens sages comme les Rebanks devront nous guider dans notre propre planification et promotion du tourisme.


Nous sommes une région de petites fermes et de nature sauvage, d’air frais et de ciel étoilé, de chemins de campagnes tranquilles et de rivières fraîches qui descendent du haut du bassin versant du Fleuve Saint-Laurent – le « Height of Land », comme l’a décrit Kenneth Roberts dans son livre, Arundel, sur l’attentat de Benedict Arnold sur la Ville de Québec en passant par la région de Mégantic.
Nous sommes un peuple profondément enraciné dans la région, auquel s’ajoutent ceux venus plus récemment, qui ont quitté la ville et d’autres conflits ailleurs. Nous sommes un peuple qui a appris à vivre avec la nature sauvage, à respecter son pouvoir au lieu de simplement la romantiser, de bénéficier de ses richesses et aussi, de plus en plus, de vouloir la préserver. Nous sommes un mélange de cultures, originalement les Abénakis, ensuite les Anglais, Américains, Écossais, Français, et maintenant de nombreux autres.


Notre paysage culturel, notre histoire et notre patrimoine architectural sont aussi importants que nos fermes, notre nature sauvage et notre ciel étoilé. Tous sont des attractions pour nos visiteurs.
« J’ai vu le marché du tourisme muté pendant les 10 dernières années, a écrit M. Rebanks, avec une plus grande valeur attachée à la culture des endroits, en voyant les gens tourner contre la fausseté plastique et vouloir vraiment vivre l’expérience des endroits et des gens qui font des
affaires différentes, qui croient des choses différents et qui mangent des choses différents. »


Ce sont les gens qu’on veut accueillir dans le Haut-Saint-François. Nous voulons leur louer une chambre dans la vieille maison de ferme ou dans la nouvelle dépendance en arrière; nous voulons avoir leur aide sur la ferme, qu’ils parcourent les sentiers El Dorado, qu’ils profitent de nos saisons des sucres et y participent, et qu’ils viennent choisir leurs arbres de Noël.


Diagonalement à l’autre côté du Haut-Saint-François, dans le coin nord-ouest, se situe Weedon où on construit actuellement un nouvel hôtel, à côté du populaire Restaurant des Cantons. En bas du village se trouve le Centre culturel Doris-Lussier, qui a ajouté des sièges cet hiver pour leur populaire série de concerts. En haut du village se situe le Marché de la Ferme Patry, qui doit une partie de son succès aux villégiateurs qui viennent à leurs chalets et qui veulent nos bons produits locaux.


Nous avons beaucoup à offrir aux visiteurs et ils ont beaucoup à nous offrir. Poursuivons cet échange basé sur le meilleur de nous et la beauté de notre région — en préservant toujours les deux.


Scott Stevenson

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Scott Stevenson
Scott est le directeur du Journal depuis 2024. Originaire du Canton de Hatley, il demeure sur sa ferme à Island Brook depuis 2012.
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