Plusieurs acteurs politiques et organismes ont assisté au touchant témoignage de Luz Meri Cortes Ortis et Jaddyra Monterroso (respectivement 4e et 5e personne en bas sur la photo), toutes deux citoyennes de la MRC du HSF.
La Corporation de développement communautaire (CDC) du Haut-Saint-François (HSF) tenait récemment l’activité Parcours migratoire, s’inscrivant dans la thématique de la lutte contre le racisme et la discrimination.
Pour l’occasion, Jaddyra Monterroso et Luz Meri Cortes Ortis, deux résidentes de la MRC du HSF, ont partagé avec émotion leur parcours migratoire.
Jaddyra Monterroso, originaire du Guatemala, est arrivée au Québec dans les années 90, alors âgée de 14 ans. « Ma famille était brisée par la guerre civile, j’ai grandi dans la violence et la crainte », mentionne-t-elle. Élevée par ses grands-parents, elle voit plusieurs de ses oncles se faire kidnapper.
Après le décès de son grand-père, elle apprend qu’elle partira avec sa grand-mère retrouver son père au Canada. À leur arrivée à Calgary en plein hiver, le choc émotionnel est immense.
« Les parents savent ou espèrent qu’il y aura du mieux, mais les enfants ne savent pas, ne comprennent pas », ajoute-t-elle. Elles quittent ensuite Calgary pour Montréal.
« C’est le recommencement d’un recommencement… une nouvelle langue à comprendre », et, tout au long de ce parcours, la peur de se faire renvoyer, mais vers où ? Vers quoi ?
Elle entre finalement en classe d’accueil avec Mme Marie-France. Elle passe l’été à la bibliothèque, à écouter des contes — au magnétophone à l’époque — pour apprendre la langue.
Puis son parcours scolaire s’est poursuivi, avec l’intimidation et la peur de l’étranger. « On est chez vous, pour le dire ainsi, mais est-ce que ça peut devenir mon chez-moi, aussi ? Le Québec a été l’espace de guérison pour mon cœur », conclut Jaddyra Monterroso.
Originaire de la Colombie, Luz Meri Cortes Ortis a vécu en Équateur avant d’arriver au Québec en 2013. Elle a grandi dans une famille nombreuse où la violence conjugale et familiale était omniprésente.
Elle décide donc de créer un organisme pour accueillir les femmes victimes de ces violences.
Rapidement, l’aide apportée s’élargit aux familles, puis aux immigrants en Équateur victimes de violence. Une dizaine de bureaux de défense des droits humains pour les immigrants voit ainsi le jour.
Subitement, le gouvernement demande la fermeture des bureaux et la somme de quitter le pays.
C’est donc avec seulement un sac à dos et son ordinateur qu’elle part en taxi avec ses trois enfants de 14, 12 et 5 ans, pour entamer la première étape d’un long voyage pour la mettre en sécurité.
« Ta vie est en danger, il faut que tu partes ! », se faisait-elle répéter. Elle s’envolera pour Toronto avec ses enfants, ne sachant rien, ne comprenant pas pourquoi.
Toronto, puis Montréal, pour ensuite être dirigée vers Sherbrooke. Un intervenant du Service d’aide aux Néo-Canadiens (SANC) l’accompagne alors dans les nombreuses démarches à suivre pour s’installer.
« J’étais capable d’accompagner et de protéger les autres, mais pas capable de me protéger moi-même », dit-elle avec émotion, se souvenant que de 2013 à 2015, elle va se sentir inutile.
Lorsqu’une de ses collègues est assassinée en Équateur, elle comprend que sa vie était en jeu. C’est là que débute son intégration : bénévolat, francisation, formation professionnelle. Aujourd’hui, Luz Meri Cortes Ortis aimerait aider les Néo-Canadiens à s’intégrer. « La partie la plus difficile, c’est de s’installer », dit-elle.



