Mohika Tremblay a repris l’entreprise familiale Tred’si en 2015. PHOTO : TRED’SI.
par Carolyne Weldon, Initiative de journalisme local
L’entreprise Tred’si devra bientôt cesser ses activités à cause d’une nouvelle réglementation fédérale encadrant le recyclage des poteaux de téléphone en bois traité. À moins d’un revirement, l’entreprise locale basée à Westbury, qui emploie normalement 20 personnes et recycle plus de 40 000 poteaux par année, devra mettre la clé sous la porte en octobre.
Depuis bientôt 30 ans, l’entreprise Tred’si récupère le bois traité et le revend sous forme de matériaux dédiés à la construction. Mais voilà qu’un nouveau règlement fédéral encadrant l’usage du PCP (pentachlorophénol, un agent de traitement du bois utilisé depuis 1936), vient lui couper l’herbe sous le pied.
« C’est très particulier les processus au fédéral, affirme Mohika Tremblay, présidente directrice générale de Tred’si. L’usage du PCP, comme tous les agents de traitement du bois, devait être révisé tous les 5 ans. C’est en 2023 qu’on a reçu la brique », se souvient Mme Tremblay.
Le gouvernement fédéral homologue alors sa décision de non seulement d’interdire la production de nouveaux poteaux traités au PCP, mais également le recyclage des poteaux déjà existants, qui devront désormais être « éliminés », donc soit enfouis ou incinérés.
Débute alors une période de grâce de trois ans où Mme Tremblay remue ciel et terre pour tenter de se faire entendre. Elle participe à une pré-consultation publique en juin 2025, puis forme un groupe de travail regroupant des acteurs de tous les niveaux de sa chaîne de valeur. En juin dernier, la « vraie » consultation a lieu. Immense déception pour Mme Tremblay : « Il y avait eu beaucoup de coupures [de postes] au fédéral l’hiver précédent. Santé Canada n’avait pas travaillé sur le dossier. Le dossier était tombé entre deux chaises. »
Depuis, Tred’si ne prend plus de contrats pour les poteaux d’Hydro-Québec, l’un de ses clients principaux avec Bell et Telus, et sa survie même est en jeu. « On avait une entreprise avec une circularité parfaite, en plein sur son X. C’est sûr qu’il y a toujours des risques à gérer des contaminants. Mais Tred’si prenait en charge ce risque-là, de prolonger la vie utile du bois de manière sécuritaire. »
« On ne le réalise pas toujours mais un poteau, c’est un arbre qui a des qualités très rares.
Va marcher en forêt, c’est dur à trouver un arbre pour un poteau !, s’exclame Mme Tremblay. Les standards sont très sévères. Les poteaux, c’est une pure ressource, c’est le high grade. C’est impensable de gaspiller une ressource comme ça. »
« Sans la permission d’opérer, il n’y a pas de possibilité de continuer » pour Tred’si affirme-t-elle. « Avec ce règlement, c’est un signal que le gouvernement envoie à tout un secteur d’activité. Même si de petits entrepreneurs ont tout donné et tout investi : rien n’est sûr, tout peut arriver demain matin », laisse tomber la femme d’affaires, qui dit vivre avec un grand sentiment d’impuissance.

« Moi, je suis la relève ! ajoute Mohika Tremblay. Je regarde ça et il faut que je dise à mon père, ‘‘P’pa, on l’a échappé’’».
Il reste 1,2 millions de poteaux de bois traités au PCP en circulation au Québec, et plus de 12 millions à travers le Canada.



