ANALYSE | Le cauchemar des coccinelles « bénéfiques »

Le comptage de 1000 coccinelles (dans l’assiette à tarte) plus environ 400 autres dans le bol. Photos: Scott Stevenson

Selon Santé Canada, « les coccinelles sont au nombre des insectes les plus bénéfiques ». Pourtant, une étude publiée dans le Journal of Allergy and Clinical Immunology en 2007 démontre que l’espèce de coccinelle qui envahit nos maisons chaque automne peut déclencher des allergies et de l’asthme.
Dans le Haut-Saint-François l’hiver dernier et ce printemps, l’invasion est devenue tout sauf « bénéfique » pour nombreux de nos citoyens. Les médias sociaux témoignent en fait d’un grand malheur.


« Le printemps est là et depuis des semaines je les ramasse encore à coup de centaines à l’heure », témoigne l’administrateur du groupe Babillard Weedon.


« Quelqu’un de plus obstiné que moi intenterait un recours collectif au gouvernement pour avoir introduit cette espèce envahissante au Canada au détriment de notre belle coccinelle indigène. »
« Débile ici aussi », a répondu la membre du groupe Vicky Chabot, parmi une soixantaine d’autres. « On est sur le bord du burnout !!! On en a eu tout le cr*** d’hiver et là c’est pire que pire !!! »
En toute transparence, je fais partie de ces citoyens affectés, et comment! J’ai passé mon hiver avec des symptômes de rhume quand j’étais à la maison ; j’ai développé un asthme important et j’ai dû passer l’aspirateur pour me débarrasser des coccinelles deux fois par jour, au rythme d’environ 500 coccinelles à la fois, sinon plus.


Pour le vérifier, j’en ai aspiré trois fois le samedi 11 avril dernier, toujours environ la même quantité. La troisième fois, je les ai laissés dans la balayeuse (portative, avec une valve qui les empêche de sortir) dehors pour les faire geler, du moins un peu. Le lendemain, je les ai comptées, une quantité un peu supérieure à la moyenne de ce que j’aspirais quotidiennement cet hiver. Dans le comptage, je me suis arrêté à 1000 coccinelles (voir la photo). J’estime qu’il en restait encore 400 autres.
Le résultat : j’ai aspiré environ 4000 coccinelles le samedi 11 avril dernier.


En tout cet hiver et début de printemps, ça fait un total estimé de 100 000 coccinelles déjà aspirées (et brûlées dans mon poêle à bois). Il y en a encore comme si je ne les avais pas touchées.


Les recommandations des autorités comme Santé Canada pour la prévention et le traitement seraient drôles si elles n’étaient pas aussi insensibles. Aspirer les coccinelles avec une balayeuse empire les allergies et l’asthme. Les jeter dans un sac hermétique envoie le problème ailleurs, lorsque les sacs sont brisés dans le camion de déchets ou au site d’enfouissement. Et sceller toutes les fentes dans les vieilles maisons comme nous avons dans le Haut-Saint-François est presque impossible.
Plusieurs personnes, en ligne et en personne, recommandent l’extermination, un traitement qui est fait normalement au printemps et à l’automne, lorsque les coccinelles cherchent à entrer dans nos maisons pour passer l’hiver à la chaleur.


Mais selon le site de Santé Canada, « Aucun pesticide n’est homologué pour lutter contre les coccinelles », ce qui ne veut pas dire que nos exterminateurs n’utilisent pas des produits efficaces.
Les coccinelles sont considérées bénéfiques par Santé Canada et des acteurs du secteur agricole parce que “Ce sont des prédateurs voraces et efficaces contre les insectes ravageurs” qui nuisent à la culture de légumes, entre autres. Mais elles causent aussi des problèmes dans les vergers et les vignobles.


Des reportages dans plusieurs médias démontrent aussi l’envergure du problème : le Journal de Montréal en 2017 et 2025, CBC News en 2017, Radio-Canada en 2021, TVA Nouvelles en 2017, 24 Heures en 2025, le Val-Ouest en 2024 et les Nouvelles d’Ici en 2020, entre beaucoup d’autres.
« Véronique Dubois habite une maison centenaire dans le Canton de Valcourt depuis plus de 20 ans, » selon le Val-Ouest. « Depuis une quinzaine d’années, cette femme vit un
véritable « calvaire », selon ses dires ».


« Une résidente de Bonsecours … doit passer l’aspirateur une à trois fois par jour. S’ajoute à cela un nettoyage fréquent des fenêtres, murs et plafonds. « C’est une énorme perte d’heures brutes dans une année, que je pourrais passer à faire autre chose », exprime-t-elle », encore au Val-Ouest dans son reportage en profondeur sur le sujet.


Plusieurs des reportages font l’erreur, par contre, de suggérer, comme Santé Canada, que la coccinelle n’est pas un problème pour la santé. « La coccinelle asiatique n’est pas dangereuse pour les humains » selon les Nouvelles d’Ici, à Montréal.


Depuis quand l’asthme n’est pas un danger pour la santé?
Aussi, il faut le dire, être envahi par des centaines de milliers d’insectes qui nous vole au visage ou dans les cheveux lorsqu’on essaie de lire au lit le soir; devoir les aspirer deux ou trois fois par jour pendant tout l’hiver… ce n’est pas ce qui contribue à la santé mentale. « Bénéfique » devient alors plutôt « nocive ».

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Scott Stevenson
Scott est le directeur du Journal depuis 2024. Originaire du Canton de Hatley, il demeure sur sa ferme à Island Brook depuis 2012.

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