Il y a quatre ans, j’ai perdu une amitié chère à cause d’une affirmation selon laquelle les journalistes mentent. Je suis journaliste ; ma mère est journaliste ; ma fille est journaliste. Cet ami aime aussi décrier CBC/Radio-Canada, qui fait partie des rares médias professionnels et fiables au Canada.
Ah oui, ma fille y travaille. Moi aussi, j’y ai travaillé, brièvement, il y a plusieurs années. Plus important, je sais qu’en matière de professionnalisme, je peux faire confiance à Radio-Canada.
Est-ce que nous nous souvenons de la leçon qui dit de ne pas tirer sur le messager ?
Les sentiments antigouvernementaux et anti-journalistes ont été bien diffusés en ligne ces dernières années, surtout depuis l’avènement des médias sociaux non filtrés, avec tous leurs robots et autres affaires qui nous divisent et nous conquièrent. Lorsque les gens ont peur ou sont fâchés, on peut s’attendre à ce qu’ils cherchent des boucs émissaires. Aussi, nous n’avons pas toujours conscience de ce qui motive nos croyances et nos actions. On peut prétendre que les politiciens sont mauvais, ou que les journalistes mentent, sans vraiment y réfléchir.
Il est important de pouvoir se fier sur des sources de nouvelles crédibles – de pouvoir se fier sur le messager. L’intelligence artificielle permet à des personnes de fabriquer de fausses nouvelles, voire de se faire passer pour des journalistes. Il est difficille de savoir à qui ou à quoi nous pouvons faire confiance.
Un lecteur nous a récemment envoyé deux images pour une éventuelle publication. Cependant, la seconde version avait été considérablement modifiée artificiellement, entre autres laissant l’inscription sur une casquette en mots absurdes. Nous n’avons pas publié cette version de la photo – nous avons choisi l’originale – parce que nous voulons que vous sachiez que vous pouvez avoir confiance en l’authenticité de ce que nous publions. Nous voulons publier ce qui est vrai. Un journaliste professionnel ne devrait jamais tromper ses lecteurs ou auditeurs. Par définition, les journalistes ne sont pas des menteurs.
Aussi, comme journalistes et médias professionnels, nous visons l’excellence dans la couverture de ce qui est pertinent, important, intéressant et vrai. La perfection dans cette poursuite demeurera par contre un idéal : un point sur le spectre du bien et du mal. L’excellence, plutôt, est un but atteignable, mais sa poursuite inclut des manques-pied, des chutes et des leçons apprises.
Par exemple, en août, Radio-Canada Estrie a publié notre article sur le nouveau centre de tir qui s’installera à Cookshire, sur son site Internet, mais sous son propre nom, sans créditer notre journaliste, Carolyne Weldon, notre journal ou l’Initiative de journalisme local qui nous finance. Lorsque nous avons soulevé l’erreur à Radio-Canada, leurs responsables ont supprimé l’article de leurs plateformes, mais n’ont pas offert de publier une correction ; nous avons dû l’exiger. Aussi, Radio-Canada publie dans une section spéciale difficile à trouver des corrections et des excuses, incluant la nôtre.
Tout manque de transparence, comme la modification de photo sans indication claire à cet effet, diminue la crédibilité du journalisme et des journalistes. Cela prête le flanc à ceux qui disent ne pas nous croire. À ceux qui veulent tirer sur le messager et qui le font.
Le journalisme est un pilier d’une société libre. Une société libre n’est pas une dans laquelle on peut dire et faire n’importe quoi. Une société libre est celle où ceux qui détiennent un pouvoir injuste en raison de leurs avoirs ou de menaces, entre autres, ont le moins d’influence possible sur nos vies. Une société sans journalistes professionnels et sans élus démocratiques est trop contrôlée par un excès de pouvoir ou la violence.
Nous éprouvons trop de ces excès aujourd’hui, surtout parce que trop de gens dénigrent publiquement les journalistes et les gouvernements, et convainquent les gens comme mon ami à faire de même.
Scott Stevenson



