À un pas de l’itinérance : Une réalité tout près de chez vous

CDC

Patricia Blais : «Je veux que les gens en position de pouvoir soient à l’écoute.» PHOTO : SCOTT STEVENSON

Plus de 44% des ménages dans le Haut-Saint-François sont constitués d’une seule personne ou d’une famille monoparentale, selon une étude publiée la semaine dernière. Autrement dit, près de la moitié de notre population est composée d’adultes vivant seuls.


L’étude démontre aussi que le coût médian d’une maison unifamiliale dans le Haut-Saint-François (HSF) a augmenté de 67% en cinq ans, soit une moyenne de plus de 13% par an. Cela signifie qu’une maison à 250 000 $ en 2021 coûte maintenant plus de 400 000 $.


Depuis avril dernier — en seulement 10 mois — le coût de l’épicerie a augmenté de 9% dans notre région, ce qui représente la plus forte hausse dans toute l’Estrie. Chez nous, il en coûte environ 1 468 $ par mois pour nourrir une famille typique, le panier d’épicerie le plus cher dans toute la grande région administrative (la moyenne pour l’Estrie est de 1 337 $ par mois).


Voilà seulement quelques-uns des facteurs de risque de l’itinérance pour notre population identifiés par l’étude.


De plus, nous sommes parmi les communautés les plus défavorisées de la région de l’Estrie économiquement.


L’étude révèle un problème caché et complexe en ce qui concerne l’itinérance, que l’on n’associe pas normalement à une région rurale comme la nôtre.

Étude de la CDC
« L’itinérance dans le HSF est largement sous-déclarée et invisible », déclare une étude publiée la semaine dernière par la Corporation de développement communautaire (CDC) du Haut-Saint-François, intitulée Recherche-action sur la situation de l’itinérance dans le Haut-Saint-François.


« Les épisodes de sommeil en lieu non sécuritaire, les ressources d’hébergement non utilisées et les situations de dépendance résidentielle dans des conditions non optimales démontrent une présence significative d’itinérance cachée ou de grande précarité résidentielle », selon le rapport.


« Les personnes en situation de précarité résidentielle sur le territoire du Haut-Saint-François ne correspondent pas aux stéréotypes associés à l’itinérance. Les données montrent une surreprésentation de personnes de 45 ans et plus, principalement locataires, souvent scolarisés, en emploi et à la retraite. Leurs difficultés découlent avant tout de pressions économiques, d’un marché locatif en crise et d’obstacles systémiques, plutôt que de problèmes individuels. »


La nature cachée de l’itinérance dans le Haut-Saint-François touche également ceux qui possèdent leur maison. « J’ai mangé grâce au frigo partage et des cannes de thon durant le dernier hiver », a déclaré une propriétaire à la CDC. « Je vais chercher des pommes tombées par terre des pommiers de mon voisin à la noirceur. Mais j’ai le sentiment de voler, » a-t-elle dit.


Les résidents subissant de telles pressions peuvent être à un pas de perdre leur maison, note la CDC.
L’étude a révélé que 10% des ménages déboursent plus de 30% de leur revenu pour leur logement, qu’ils louent ou possèdent. De même, 8,3% vivent dans des maisons ou appartements nécessitant des réparations majeures, comparativement à 5,6% pour l’ensemble de la région administrative de l’Estrie.

Le spectre de la sécurité
Il ne s’agit donc pas ici du portrait classique du « sans-abris » ou de la personne « sans domicile fixe ». On parle plutôt de personnes dont le niveau de sécurité de logement est loin d’être optimal. Ainsi, peut-être devrions-nous aborder l’itinérance non pas comme une dichotomie (ceux qui ont un toit vs ceux qui n’en ont pas) mais plutôt comme un spectre, mesurant le niveau de sécurité à l’habitation de chacun. Où que se trouvent nos résidents à travers notre région, de trop nombreuses personnes risquent de ne pas pouvoir bénéficier d’un toit sécuritaire et adéquat au-dessus de leur tête, ce qui les force souvent à se déplacer dans les rues de la ville pour espérer trouver les ressources dont ils ont besoin.


« Qui plus est, les personnes en situation d’itinérance ne se perçoivent pas toujours comme telles », selon le rapport de la CDC. « Pour certaines personnes, ne pas avoir son propre logement et vivre temporairement chez des ami.e.s de façon alternative n’est pas une situation d’itinérance. Le même constat peut se faire pour une personne habitant dans un abri de fortune, croyant qu’avoir un toit est suffisant pour ne pas “cadrer” dans cette catégorie. »


Combien d’entre nous dans le Haut-Saint-François connaissent des voisins ou d’autres personnes dans ces situations? Un membre de la communauté vivant à l’arrière d’un ancien bâtiment hérité. Quelqu’un d’autre dont la maison est relativement récente mais qui manque de services de base, d’eau ou d’électricité. Un vieux vivant dans un bâtiment rustique, que certains appelleraient une cabane, près du ruisseau sur un rang éloigné.


Ces situations ne sont généralement pas décrites comme de l’itinérance, mais ce n’est pas non plus une sécurité personnelle.

Les ménages solitaires
Pour près de la moitié des ménages composés d’un adulte vivant seul (31% d’une personne seule; 13,2% d’une famille monoparentale), la sécurité, l’aide et le bien-être souvent associé au partage d’un foyer sont absents. Un ménage solitaire est alors une autre mesure clé de la sécurité de logement, ou de son absence, si nous parlons d’un spectre.


Comme l’a déclaré Patricia Blais, résidente d’Ascot Corner, lors d’une entrevue après la présentation de l’étude de la CDC la semaine dernière, « Personne n’est à l’abri », un sentiment partagé en privé par d’autres, qui se sont eux-mêmes sentis proches de l’itinérance.


Mme Blais, qui est bénévole à La Relève, a applaudi les organismes communautaires de la région. « J’adore le Haut-Saint-François », a -t-elle dit, en ajoutant qu’elle risque actuellement de perdre son appartement à cause d’un imminent changement de propriétaire. Le coût du loyer et son besoin d’un chien de soutien la mettent à haut risque.


Elle a aussi noté que les personnes souffrant d’anxiété, de pensées dépressives ou d’autres problèmes de santé peuvent courir d’encore plus grand risques.


Dans le cas de Mme Blais, elle a ajouté que son intervenante lui avait assuré « qu’il y aura des solutions. » Mais voilà que le budget de son intervenante vient d’être coupé (voir l’article à la page 2 et les commentaires à la page 4). « Elle m’a aidée, » a dit Mme Blais. « Moi et les autres [dans le besoin], qui va les aider maintenant ? C’est inquiétant. Je veux que les gens en position de pouvoir soient à l’écoute. »

Dans le silence
Mais la nature cachée des problèmes ruraux liés à la sécurité de logement, comme le souligne le rapport de la CDC, peut rendre l’écoute difficile pour ceux qui ne sont pas en contact direct avec ces enjeux.


Les problèmes sont aussi masqués par la beauté même de notre région. Nous l’aimons pour ses paysages, sa nature généreuse, sa tranquillité. Dans une grande partie de la région, les maisons voisines, les entreprises et les bureaux des gouvernement se font loin. La paix et le calme font que les problèmes ne se font pas entendre si facilement. Vous et votre partenaire construisez, achetez, louez ou héritez de la maison de vos rêves sur un petit chemin tranquille. Tout va bien… jusqu’à ce que le rêve s’effondre. Il peut s’agir d’un divorce ou d’un décès, d’une perte d’emploi. Peut-être que l’alcool est en jeu, peut-être des abus ou de la violence. Le tissu social est plus distendu aujourd’hui, tout comme le système de soutien social. C’est plus difficile de se retrouver entre amis, entre proches, même entre voisins. L’anxiété, la dépendance, la solitude ou l’insécurité financière peuvent s’aggraver à mesure qu’un cercle vicieux s’installe. Ensuite, la maison est en mauvais état, le loyer est inabordable, et l’itinérance menace comme des nuages sombres à l’horizon.
La maison n’est plus un foyer. L’abri n’est plus adéquat.

Vers un plan d’action
La semaine dernière, le CDC a réuni une quarantaine de représentants d’organismes communautaires, de municipalités et de la MRC du Haut-Saint-François pour réfléchir à la manière d’aider les personnes à risque et dans le besoin. Ils ont concentré leurs efforts sur trois priorités identifiées par la CDC dans son rapport : « Connaître et reconnaître la situation ici; Habitations indignes; et Territoire non sécuritaire. »


Parmi toutes les idées discutées, les participants ont chacun évalué leurs préférences à la fin de la réunion de quatre heures. Parmi les actions les mieux notées figuraient :
« Maintenir le travail de proximité pour soutenir les gens dans la réalité »;
« Large campagne médiatique »;
« Exiger dans les nouveaux développements un minimum de pourcentage de logements abordables »;
« Travailler sur les critères d’accès au Programme de supplément au loyer (PSL) »;
« Faire connaître les programmes (de rénovation) à la population »; et
« Développer des logements d’urgence ».
La CDC préparera un plan d’action pour la région d’ici la fin mars.

Ce texte est partiellement traduit à l’aide de l’outil automatisé de Microsoft.

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Scott Stevenson
Scott est le directeur du Journal depuis 2024. Originaire du Canton de Hatley, il demeure sur sa ferme à Island Brook depuis 2012.
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