Ferme des Bobines : un accueil chaleureux après l’incendie

Clément Roy a pris la relève de son père, Normand, qui a fondé l’aquaculture il y a 50 ans avec sa conjointe à l’époque, Doris Brodeur. Photo : Scott Stevenson

Six mois après l’incendie majeur à la Ferme piscicole des Bobines, la famille Roy-Fontaine a accueilli pas moins de 800 personnes lors de portes ouvertes dimanche passé. Les enthousiastes attendaient en longue file pour visiter l’usine de production moderne, qui abrite plus d’un demi-million de truites arc-en-ciel. 

Un bassin dans l’alevinage peut contenir jusqu’à 20 000 poissons, selon les guides de la Ferme. Photo : Fédération de l’UPA-Estrie

À la sortie de l’usine, on nous offrait une dégustation de truite panée et frite et la populaire Cantine Le Baumier offrait ses délicieux burgers à la truite, fish and chips et poutine Hereford. 

La Ferme des Bobines était parmi les quatre entreprises estriennes qui ont participé aux Portes ouvertes Mangeons local, organisé à travers le Québec par l’Union des producteurs agricoles (UPA), avec 56 fermes participantes.

La ferme d’aquaculture à East Hereford, aux abords de l’ancienne et brève République de l’Indian Stream, c’est-à-dire aujourd’hui tout près de la municipalité de Pittsburg au New Hampshire, a perdu en mars dernier son nouveau bâtiment aux flammes, abritant leurs transformation, bureaux et boutique de ventes. 

Les mesures après-incendie 

La transformation est maintenant assumée par l’entreprise Simmer International à Bécancour, la vente de produits à la ferme par le Verger Le Gros Pierre à Compton. Le bureau des Bobines est à la maison. L’incendie a occasionné la mise à pied de six employés. 

Le site Internet de la ferme rassure que « notre élevage va bien et la production de nos filets de truite se poursuit », ce qui était mis bien en évidence lors des portes ouvertes. La ferme produit six tonnes de truites par semaine, ou environ 5000 poissons, selon la directrice des opérations, Véronique Fontaine, qui est aussi conjointe de Clément Roy, propriétaire actuel et fils des fondateurs Normand Roy et Doris Brodeur. 

« On veut manger local? C’est le temps de le prouver », a dit le fondateur M. Roy dimanche dernier, au sujet de son inspiration pour l’entreprise. Les truites élevées à la ferme sont principalement pour l’alimentation, au lieu de l’ensemencement. 

Normand Roy a guidé une des visites de l’alevinage de la Ferme piscicole dimanche dernier, assisté par une foule de citoyens (et, on espère, consommateurs) très intéressés.

Leurs filets sont distribués par le Marché de Poisson Sherbrooke, mais sont plutôt difficiles à trouver au IGA Cookshire, selon mon expérience et à la déception de M. Roy. « On est capable de fournir la région en masse », m’a-t-il dit. 

En fait, la Ferme piscicole des Bobines est le plus important site d’élevage de truites arc-en-ciel au Québec, avec un cinquième de la production, selon M. Roy. 

Fonge et flore : un revenu pour les producteurs d’ici

Par Louis Lefebvre

Au Québec, les producteurs connaissent bien le potentiel des cultures emblématiques comme l’érable ou le bleuet sauvage. Au-delà de ces cultures vedettes, une immense biodiversité spontanée — champignons, petits fruits, et autres produits — pousse naturellement dans nos friches, boisés et lisières. Ces ressources, encore peu valorisées, peuvent devenir des produits d’intérêt commercial à condition d’être identifiées, protégées et aménagées avec intelligence.

La fonge (champignons) et la flore spontanée (plantes indigènes comestibles, médicinales, ornementales et autres) poussent sans aide humaine. Pourtant, il est possible de créer les conditions propices à leur optimisation dans l’espace par des aménagements, comparables à ceux des érablières ou des bleuetières.

Dans la MRC du Haut-Saint-François, une initiative novatrice vise justement à révéler et valoriser le potentiel des forêts et friches locales en matière de produits forestiers non ligneux (PFNL). Porté par le CLD Haut-Saint-François, Adapterre et ses partenaires, le projet met en lumière une diversité étonnante de ressources présentes sur les terres privées de la région.

Photo : Louis Lefebvre

Un sondage est en cours pour repérer les producteurs agricoles et forestiers de la MRC intéressés à accueillir ou participer à ces visites (http://bit.ly/455OJWS). À la fin de l’été et à l’automne 2025, des visites de propriétés agricoles et forestières seront organisées pour présenter des cas réels d’aménagement et de cueillette durable. L’objectif est aussi de créer un réseau de producteurs intéressés par la mise en marché en commun.

Les marchés pour ces produits sont bien réels : champignons frais pour la gastronomie, plantes médicinales pour l’herboristerie, plantes indigènes pour l’horticulture, ou petits fruits pour la transformation. Certains producteurs vendent déjà à des chefs, des cueilleurs ou des entreprises de cosmétiques, souvent à des prix intéressants.

Avec des pratiques de récolte respectueuses et des aménagements simples, il est possible de créer une filière complémentaire aux activités agricoles ou forestières traditionnelles.

La Bergerie Malvibois de Newport se bat contre la viande importée

De gauche à droite : le maire de Newport, Robert Asselin; Diane Duranleau et Marie-Antoine Roy, premiers propriétaires de la Bergerie Malvibois; et leur petite-fille Laurie. Photo : Jean-Marc Brais

La députée de Compton–Stanstead, Marianne Dandurand, a effectué une tournée de cinq entreprises agroalimentaires de la circonscription au début du mois. Parmi elles, on retrouvait la Bergerie Malvibois et Newport, le plus gros producteur d’agneaux dans la province. Ses deux sites de Newport totalisent 2500 brebis.

La députée fédérale était, à l’occasion de sa visite, accompagnée de Sophie Chatel, secrétaire parlementaire à l’Agriculture. Les deux femmes font partie, en compagnie de six autres députés, du Comité agricole du gouvernement libéral. Elles sont allées à la rencontre autant de petits producteurs que de joueurs établis, comme la bergerie de Newport ou la Ferme piscicole des Bobines, à East Hereford.

Local, national, international

« Dans le Haut-Saint-François, la production maraichère se fait à échelle humaine. C’est pas des grandes productions comme on voit en Montérégie », a remarqué la députée Dandurand. C’est une réalité qu’avait déjà constatée Marie-Antoine Roy, à l’époque où il a démarré la bergerie, en 1979. « Avant, dans le carré qu’on est, il y avait 42 producteurs. Maintenant, on est juste deux. C’est un autre monde », reconnait M. Roy. « C’est impossible de rester petit si on veut que la main-d’œuvre suive. »

Si la Bergerie Malvibois et Newport n’a d’autre choix que de produire un gros volume, c’est parce que l’Océanie cogne aux portes du marché canadien depuis belle lurette. « On s’est toujours battu contre l’agneau de la Nouvelle-Zélande et de l’Australie », indique Karine Fortier, qui fait partie de la seconde génération de propriétaires de la bergerie. « Avant, ça arrivait congelé. On disait : « Nous autres, c’est de l’agneau frais. » Maintenant, eux autres, ça arrive par conteneurs avec du gaz. Ça arrive frais. « Bon pour 100 jours ». On n’est plus dans la même game qu’avant. »

De gauche à droite : Marianne Dandurand, députée de Compton–Stanstead; Sophie Chatel, secrétaire parlementaire à l’Agriculture; Marc-Antoine Roy et Karine Fortier, seconde génération de propriétaires de la Bergerie Malvibois. Photo : Jean-Marc Brais

Demandes au fédéral

Cette viande d’outre-mer arrivant fraiche et n’étant plus congelée, les bouchers et les épiciers peuvent en faire la coupe qu’ils veulent. Dès lors, la viande est étiquetée comme étant transformée au Canada, ce qui ajoute à la confusion de la provenance pour le client. Une clarification est donc demandée par les producteurs canadiens en ce qui a trait à l’affichage sur les tablettes. Du même coup, ils souhaitent un allègement de la paperasse administrative demandée par le gouvernement fédéral. « Il me semble que c’est de pire en pire. Chaque fois, ils demandent une coche de plus », se désole Marc-Antoine Roy, conjoint de Karine Fortier et fils de Marie-Antoine Roy.

Si la troisième génération de Roy commence à travailler à la Bergerie Malvibois, « c’est parce qu’on a osé », estime son fondateur, Marie-Antoine Roy. « Il y a eu trois périodes importantes : le robot d’alimentation, le système de lattes, puis dernièrement, la louve (pouponnière). » Celui-ci a débuté le processus de transfert de la bergerie auprès de son fils Marc-Antoine et de sa belle-fille Karine en 2004. M. Roy père est également le frère de Normand Roy, fondateur de la Ferme piscicole des Bobines.

Photo : Équipe de Marianne Dandurand

Centre Agricole Expert ouvrira en mars sur la 108

Frédérick Ward et son fils Edouard étaient à l’Expo Cookshire le 15 août dernier en compagnie de leurs tracteurs verts Deutz-Fahr. Photo : Jean-Marc Brais

Les travaux de construction du futur Centre Agricole Expert sont entamés depuis le début du mois d’août sur la route 108, près de l’intersection de la 257, à Gould. L’inauguration des nouveaux locaux devrait se faire en mars 2026 dans un espace trois fois plus grand que l’actuel garage situé quelques kilomètres à l’ouest sur le chemin North Hill.

« Il n’y a pas une semaine où il y a pas quelqu’un qui dit : ‘On savait même pas qu’il y avait un garage de tracteurs!’ », relate Frédérick Ward, copropriétaire et président du Centre Agricole Expert. « On savait qu’il fallait faire le move. C’est juste que ça a pris du temps. »

Ça aura pris sept ans entre le moment où les pancartes annonçant le futur centre agricole furent installées et le début des travaux. Pour expliquer ce délai, M. Ward indique qu’il y a tout d’abord eu la COVID. Les montants des soumissions initiales ont grandement fluctué. « Tous les prix avaient explosé », se remémore-t-il. Ensuite, il y a eu le changement de vocation du lot. Le terrain aux abords de la route 108 étant zonés blanc, « on n’avait pas le droit d’avoir de vente de véhicules à moteur. Il a fallu faire changer le zonage. C’est pour ça que ç’a été long. »

Ces obstacles étant maintenant chose du passé, la construction avance à bon pas. La fin des travaux est prévue d’ici la fin de l’année, avec un transfert de l’entreprise durant les premiers mois de l’année 2026. Ce moment concordera avec le 20e anniversaire de fondation du Centre Agricole Expert.

Un marché inexploité

En 2006, « il y avait un manque de mécaniciens mobiles sur le chemin », se remémore Frédérick Ward. Les concessionnaires de tracteurs envoyaient leurs représentants avec le strict minimum d’outils sur la route. Si la machinerie avait un bris majeur, on la remorquait jusqu’au garage. C’est un inconvénient auquel a voulu remédier M. Ward. « Quand je suis parti à mon compte, j’avais une remorque en arrière du camion, puis j’avais tout : presse, soudeuse… Je faisais des grosses jobs sur le chemin. »

C’est en 2009 que Frédérick a débuté la vente de tracteurs neufs de marque Deutz-Fahr. N’empêche que « notre force, c’est la vente de pièces de toutes marques puis les réparations de toutes marques. Ça, tu verras jamais ça dans un concessionnaire agricole. Ils vont se concentrer sur leur propre marque. Ici dans la région, c’est un gros manque », fait remarquer M. Ward.

Vingt ans plus tard, il continue d’être près de sa clientèle. « La majorité du temps, c’est moi qui fais les calls de service sur le chemin. » Frédérick Ward est fier d’avoir bâti une entreprise familiale au sein de laquelle sa conjointe Nadia Vigneault et leurs deux fils s’impliquent. Le plus vieux, Edouard, vient d’ailleurs d’acquérir des parts. « Dans l’agriculture, je trouve que c’est plus important d’avoir le contact » de personne à personne, indique le père de famille.

Pour le Canton de Lingwick, il indique qu’il s’agit d’un « beau projet ». « Ça va amener des emplois de plus. En superficie, on triple par rapport au garage qu’on a présentement. »

L’Estrie glisse à la 3e place des régions productrices de bois

Chemin Maguire, Cookshire-Eaton

L’Estrie a mis en marché 763 000 m3 de bois dans la dernière année, ce qui est en deçà de la moyenne historique de 837 000 m3 des années 2016-2023 et du sommet de 893 000 m3 atteint en 2020. C’est l’un des constats qui ressort de l’assemblée générale annuelle de l’Agence de mise en valeur de la forêt privée de l’Estrie (AMFE) tenu le mois dernier.  

Habituée d’être à la deuxième place provinciale en termes de volume de récolte, l’Estrie et ses 763 000 m3 de bois se retrouvent cette année à la troisième place derrière le Bas-Saint-Laurent (1,4 M m3) et Chaudière (841 000 m3). 

« Mais quand on fait un estimé de la récolte toutes sources confondues [le bois d’œuvre réglementé, le bois à part de Domtar, le bois de sciage, le bois de chauffage et le bois à vocation domestique], on atteint le 1 M m3 », tient à préciser le président de l’AMFE, Jean-Paul Gendron.  

« On est les troisièmes parmi les 17 agences au Québec. Est-ce qu’il faut subir préjudice ou être gêné de ça? Pantoute! On a eu une intensification des travaux d’aménagement [travaux préparatoires à la récolte] », poursuit M. Gendron. 

Ces travaux sont effectués par les ingénieurs et les techniciens forestiers. Ceux-ci ont obtenu une note de 97 % dans le cadre de la vérification opérationnelle de leurs interventions qui ont été au nombre de 1400 entre novembre 2023 et octobre 2024. Cette bonne performance faite dire à M. Gendron que « les conseillers rattachés à l’AMFE sont à leur affaire! » 

Comme nous le rapportions dans notre édition du 24 avril, il s’agissait de la dernière assemblée générale de Jean-Paul Gendron à titre de président de l’AMFE, lui qui prend sa retraite après être entré en poste le 4 novembre 2011.  

Ferme éducative : des visiteurs bienvenus et d’autres moins

Ronan Hebrard explique les recherches de la Ferme éducative de l’Université Bishop’s lors de ses Portes ouvertes en juin. 

Les portes étaient ouvertes aux visiteurs à la Ferme éducative de l’Université Bishop’s le 26 juin dernier, mais bien fermées à la vermine. 

Une dizaine d’invités a profité d’un tour guidé du site de l’Université sur le chemin Glenday, au sud-ouest du campus. On parlait d’expériences dans les jardins maraîchers, de recherche sur les paillis et de succès avec des filets de protection contre les insectes. 

La Ferme éducative est une propriété de 140 acres donnée à l’Université Bishop’s dans les années 1970 par la famille Mitchell. Elle a été intégrée en 2020 dans le programme d’Agriculture et systèmes alimentaires durables de l’Université, lancé en 2019. 

Le programme forme « la nouvelle génération étudiante sur l’agriculture écologique, les modèles de permaculture, la culture maraîchère, la production de fruits biologiques, l’élevage et l’agroforesterie », selon le site de l’Université.  

Pour sa part, la Ferme accueille une grande variété de projets de recherche, incluant le paillage des fraises, la conservation des sols (en partenariat avec l’Université Laval), l’amélioration des pommes de terre et des systèmes de filets en alternative aux pesticides. 

Lorsqu’une élève, Marie-Ève Tanguay, a détaillé le système pour attraper les insectes, avec entre autres pièges et filets, elle a vu une grande bibitte au sol, l’a prise dans sa main et nous a expliqué comment le perceur de la courge est un nouveau ravageur au Québec depuis environ 2021. 

L’Université teste plusieurs systèmes de filets pour empêcher de tels insectes d’endommager surtout les petits fruits. Ceux oranges ou rouges semblent avoir des avantages pour la productivité des plantes.  

Pour empêcher les mauvaises herbes au sol, les paillis testés sont en plastique rouge ou noir, en paille de switchgrass et en papier de bureau déchiqueté. À date, les bâches noires semblent gagner le concours. « C’est un peu une mauvaise nécessité », selon Marie-Ève. 

Les dirigeants de la Ferme éducative prévoient plusieurs phases de développement, incluant leur récente érablière, un réservoir d’irrigation et trois haies biodiversifiées. Une forêt en gestion écosystémique et une piste de randonnée et de ski de fond sont aussi envisagées.  

« Nous sommes si bénis d’avoir cette ferme sur notre campus », de dire le coprésident du programme, Darren Bardati.  

Le CIARC devient le CIAgricole avec une filière acéricole

Le CIAgricole compte sur son site de la rue Morgan, à Coaticook, une grange patrimoniale construite en 1912. Crédit : Facebook/CIARCoaticook

Le Centre d’initiatives en agriculture de la région de Coaticook (CIARC) devient le Centre d’innovation agricole (CIAgricole). Le changement d’appellation a été entériné lors d’une assemblée générale extraordinaire le 26 juin dernier. Les membres se sont alors exprimés sur l’évolution identitaire de l’organisation, son nouveau nom, ses nouveaux règlements et son nouveau statut. 

Le CIAgricole souhaite être l’organisme de référence en transfert technologique et de connaissances pour les acteurs agricoles actuels et futurs. « Nous continuerons à être présents pour affirmer notre leadership agricole, et ce, non seulement pour la région de Coaticook, mais désormais à l’échelle estrienne », affirme Jean-Pierre Charuest, agronome retraité et président.  

Le CIAgricole annonçait au début du mois de juin se lancer dans le développement de la filière acéricole. L’idée est de faire de l’Estrie une cheffe de file en transformation des produits de l’érable, avec « le soutien des MRC estriennes, particulièrement celle du Granit », indique-t-on par voie de communiqué.  

Émilie Turcotte-Côté des Jardins d’etc nommée « meilleure boss »

De gauche à droite : Judith Olson, coordonnatrice au CJE HSF; Émilie Turcotte-Côté, propriétaire des Jardins d’etc; et Arianne St-Pierre, étudiante-employée. Crédit : R3USSIR 

Émilie Turcotte-Côté, propriétaire des Jardins d’etc à Bury, est la grande gagnante du concours Mon boss c’est le meilleur 2025 pour le Haut-Saint-François. Il s’agit de la sixième édition du concours organisé à travers l’Estrie par R3USSIR et le mouvement Employeurs engagés pour la réussite éducative.  

« Ma boss est la meilleure car elle est très flexible dans les horaires de travail », explique Ariane St-Pierre, 18 ans, qui travaille à la ferme de Bury et qui étudie au Cégep de Victoriaville. « Je veux sûrement en faire ma carrière car elle m’inspire beaucoup et me permet de voir qu’on peut réussir plusieurs choses dans la vie. » 

Vignoble de Mario Pelchat : l’UPA appuie la CPTAQ

Mario Pelchat et Claire Lemaître-Auger à leur domaine-vignoble de Saint-Joseph-du-Lac. Photo fournie.  

L’Union des producteurs agricoles (UPA) appuie la décision de la Commission de protection du territoire agricole du Québec (CPTAQ) d’interdire les spectacles au Domaine Pelchat Lemaître-Auger, propriété du chanteur Mario Pelchat et de sa conjointe Claire Lemaître-Auger, à Saint-Joseph-du-Lac.  

« Le projet de l’entreprise s’éloigne beaucoup trop de la pratique de l’agriculture et de sa valorisation. Notre garde-manger est là prioritairement pour nourrir les Québécoises et les Québécois », explique Martin Caron, président général de l’UPA. L’organisme rappelle que la zone agricole ne représente qu’environ 4 % du territoire québécois et que les agriculteurs n’ont accès qu’à la moitié de cette superficie en raison de nombreux obstacles. 

Mario Pelchat avait commencé à présenter des spectacles à son vignoble en 2022. La CPTAQ avait ordonné le 8 mars 2024 « de cesser l’utilisation d’un bâtiment agricole comme salle de spectacle et espace de restauration ». Le 9 avril 2025, le Domaine Pelchat Lemaître-Auger a mis en vente des billets pour la tenue de spectacles pour la saison estivale 2025 malgré l’ordonnance.  

Des asperges de Weedon dans l’assiette d’Ariane Moffatt

Marc-Antoine Provencher pose en compagnie d’une récolte d’asperges de sa ferme Au fond du 2. Crédit : Créateurs de saveurs Cantons-de-l’Est

La tournée Mangeons local, organisée par l’Union des producteurs agricoles (UPA), est passée par l’Estrie le 4 juin. En compagnie de son ambassadrice invitée, l’artiste Ariane Moffatt, le contingent s’est arrêté à La Canne blanche à Stukely-Sud ainsi qu’à la Ferme St-Élie de Sherbrooke.

C’est aux Serres Simard à Eastman qu’a été servi un diner concocté par le gagnant de MasterChef Québec saison 2, Pierre-Alexandre Joly. Le repas comprenait des asperges grillées en provenance de La Ferme au fond du 2 tenue par Marc-Antoine Provencher et Daphnée Doré, à Weedon. Le couple est également derrière l’entreprise Aménagement Solum. D’autres légumes locaux étaient également mis en vedette lors du banquet, soit les champignons du Réseau souterrain cultivés sur le chemin Glenday, à Lennoxville.

La tournée Mangeons local vise à favoriser l’agrotourisme et l’achat local. Son portail regroupe de nombreuses fermes ouvertes au public.

C’est le moment de s’inscrire aux paniers de légumes

Catherine Gignac de la ferme maraîchère Terre vivante, à Cookshire-Eaton. Photo tirée de la page Facebook de l’entreprise

On retrouve de nombreuses fermes maraîchères sur le territoire du Haut-Saint-François. Dans le lot, il y a celles qui sont membres du réseau provincial des Fermier·ère·s de famille, qui regroupe des fermes certifiées biologiques misant sur un circuit court de mise en marché. C’est-à-dire que l’abonnement se fait directement à la ferme, sans intermédiaire. 

Elles sont trois dans le Haut à être membres du réseau : Croque-Saisons à Lingwick, ainsi que Terre vivante et Hôtes épinettes, toutes deux à Cookshire-Eaton. La responsable aux communications du Réseau, Enora Jeanne Cordier Le Vot, constate que « l’achat local est sur toutes les lèvres » et qu’il s’agit d’ « un acte citoyen qui fait la différence ». 

Le Réseau des fermier·ère·s de famille lance sa 29e campagne d’abonnement aux paniers de légumes biologiques. Ces paniers s’échelonnent généralement de la mi-juin jusqu’à la fin octobre. Si « chaque panier est un acte de solidarité», selon les termes de la présidente du Réseau Véronique Bouchard, il s’agit aussi d’un geste pour le long terme. Soutenir les fermes biologiques renforce la résilience des écosystèmes, assure-t-on, dans une perspective durable. 

Pour trouver une ferme membre du Réseau, il suffit de visiter le fermierdefamille.com. Autrement, plusieurs de nos fermes locales possèdent un kiosque libre-service. D’autres tiennent même boutique, comme c’est le cas de Terre vivante qui accueille le public les fins de semaine au 4505, chemin Orr dans le secteur Johnville. 

Catherine Gignac de la ferme maraîchère Terre vivante, à Cookshire-Eaton. Photo tirée de la page Facebook de l’entreprise
Coq à l'âne, avril 2025

Du Coq à l’Âne, incluant humains et légumes

À gauche, Charline Marais, et à droite, Francis Trudeau, du service de traiteur les Raisins de la Colère, associé avec la ferme le Domaine du Coq à l’Âne de Camille Côté et Thomas Grey, au centre.

Un accueil chaleureux attendait les invités à la ferme du Domaine du Coq à l’Âne à Bury, le 4 avril dernier ensoleillé, lors du décernement de leur prix du Défi OSEntreprendre.

Un chèque de 500 $ a été présenté aux propriétaires Camille Côté et Thomas Grey par la Caisse Desjardins du Haut-Saint-François (HSF), représentée par Alain Coulombe, et la Société d’aide au développement de la collectivité (SADC) du HSF, représentée par Audrey Beloin, Isabelle Couture et sa présidente, Thérèse Ménard Théroux.

« L’entrepreneuriat est important dans notre coin » a dit Mme Ménard Théroux. « Moi personnellement et à la SADC, on trouve ça formidable que les jeunes ont cette passion. »

À l’occasion, Camille Côté et Thomas Grey ont aussi célébré leurs deux premières années à la ferme plus que centenaire sur le chemin de Hardwood Flat. En partenariat avec le service de traiteur les Raisins de la Colère, de Charline Marais et Francis Trudeau, des produits de la ferme étaient offerts, cuisinés en soupe et pains garnis délicieux.

Mme Côté et M. Grey cultivent une partie de leur terre de 107 acres en champs et en serres de légumes pour la vente de paniers d’hiver, avec une clientèle répartie entre Sherbrooke (60 %) et le Haut-Saint-François (40 %).

Ils ont gagné leur prix dans la catégorie « Faire affaire ensemble » pour la MRC du Haut-Saint-François et deviendront alors candidats au niveau régional pour le concours Défi OSEntreprendre de l’Estrie.

Matthew Burns II, avril 2025

La gestion de l’offre laitière

Matthew Burns : « Les États-Unis vendent trois fois plus de produits laitiers au Canada qu’on vend chez eux. »

« La sécurité alimentaire, ça ne se réalise pas à la bourse », de dire le renommé producteur laitier, Noël Landry, 87 ans, et aujourd’hui à la retraite. Bon nombre de candidats électoraux promettent de protéger la gestion de l’offre en agriculture, mais M. Landry les avertit contre d’autres ouvertures, même petites, de notre marché aux États-Unis dans l’actuelle guerre d’échange.

Dans toutes les ententes précédentes, le Canada « a perdu 18 % de notre production, pour combler nos besoins », a-t-il dit lors d’une entrevue le 25 mars dernier. Autrement dit, nous avons préservé seulement 82 % de notre propre marché. « En bas de 70 %, tout est perdu », selon M. Landry.

Actuellement, les producteurs américains vendent 700 millions de dollars de lait au Canada, comparé à 200 millions de produits canadiens vendus aux États-Unis, selon M. Landry.

Noël Landry
Noël Landry : « Les guêpes piquent parce qu’elles sont organisées. »

Ce sont deux marchés très différents, deux profils d’entreprises agricoles incomparables : au Québec, il y avait une moyenne de 82 vaches par ferme entre 2020 et 2023, selon Statistiques Canada, publié par l’Association des Producteurs de lait du Québec; en Californie, il y avait 1545 vaches par ferme, selon la Idaho Dairymen’s Association.

À la ferme de Matthew Burns, 30 ans, à Newport, dans le Haut-Saint-François, il y a actuellement 50 vaches en production. Il est en train de bâtir une nouvelle grange avec des machines robotisées pour pouvoir augmenter sa productivité et ajouter une dizaine de vaches, ce qui pourrait monter sa production d’environ 40 %. C’est un investissement entre 1 et 1,5 million de dollars pour les infrastructures plus un autre 500 000 dollars de quota lorsque la ferme peut l’acheter.

Ce quota est la monnaie courante du système canadien de gestion de l’offre, qui relie les besoins des consommateurs canadiens à la production agricole et des prix stables pour consommateurs comme producteurs.

Les investissements de M. Burns, comme les grands investissements que notre région connait depuis plusieurs années dans le domaine du sirop d’érable, sont plus accessibles par cette stabilité. Aussi, M. Burns a noté la grande fluctuation au prix des œufs américains lors de la grippe aviaire récente, comparé à la stabilité canadienne. S’il y avait une crise semblable dans le domaine laitier et notre marché était plus ouvert aux américains, « ils vont fournir leurs propres peuples en premier, et on n’aura pas de produits laitiers sur nos tablettes », de dire Matthew Burns.

Il a une certaine confiance dans les promesses des politiciens canadiens en ce moment, mais il dit aussi qu’« on ne connait pas vraiment ce qu’ils peuvent changer ». La guerre d’échange l’affecte alors. « Je ne dirai pas que j’ai peur, mais je suis quand même un peu préoccupé ».

S’il y a une consolation, il la trouve dans les consommateurs d’aujourd’hui. « Comme producteurs laitiers, nous sommes reconnaissants de l’appui général démontré par le public ». Les gens remarquent de plus en plus le logo bleu, qui indique des produits laitiers 100 % canadiens, selon lui.

Le maire de la capitale forestière de l’Estrie

Jean-Paul Gendron tirera sa révérence à la présidence de l’Agence de mise en valeur de la Forêt privée de l’Estrie (AMFE) au mois de juin prochain après 14 années à sa tête. Il est d’avis que « le couvert forestier se porte bien » dans le Haut-Saint-François et que la forêt jouit même d’un certain « engouement » à l’heure actuelle. 

Bon an, mal an, l’Estrie demeure la deuxième région productrice de bois provenant de la forêt privée au Québec, derrière le Bas-Saint-Laurent. Au sein du territoire estrien, « c’est encore le Haut-Saint-François qui met le plus de bois en marché », indique M. Gendron, avec 24 % du volume émis sur le territoire du Syndicat des Producteurs forestiers du Sud du Québec en 2023. 

Hausse de budget 

Le budget de l’AMFE suit cette tendance. Parmi les 17 agences de mise en valeur des forêts privées dans la province, « on s’est toujours situé deuxième en importance budgétaire », derrière le Bas-Saint-Laurent, poursuit M. Gendron. Jusqu’à tout récemment, le budget annuel de l’AMFE « tournait autour de 3,5 M $ ». 

Or, à la suite de représentations faites auprès de la ministre des Ressources naturelles et des Forêts par la Fédération des producteurs forestiers du Québec et Groupements forestiers Québec, « ils ont augmenté les budgets. À notre grande surprise, le budget a doublé d’une claque! », confie Jean-Paul Gendron. 

C’est ainsi que l’AMFE s’est retrouvée avec un budget d’environ 7,5 M $ pour l’année 2024-2025. Ce budget a été réparti parmi les groupements forestiers du territoire parmi lesquels on retrouve : des Cantons (bureau à Cookshire), des Appalaches (La Patrie), Laforêt (Ham-Nord) et Saint-François (Windsor). 

Avec des investissements de 147 M $ de 2024 à 2029 pour la forêt privée de la part du gouvernement du Québec, « on devrait avoir les budgets pour continuer notre démarche régionale de valorisation puis de pérennisation », estime M. Gendron. 

Hausse de la possibilité forestière 

La Fédération des producteurs forestiers du Québec (FPFQ) a récemment déposé son cinquième inventaire forestier. Ces inventaires recensent les forêts privées et publiques aux 12 ans. Entre le quatrième et le cinquième – qui est en cours et se terminera d’ici 2028 ‒, « le volume de bois a progressé de 24 % pour le territoire de l’AMFE », indique un document de l’Agence. 

La possibilité forestière du territoire (soit ce qu’il est possible de récolter sans épuiser la ressource) se maintient autour de 1,8 M m3/an, avec « la moitié des forêts [qui] sont maintenant matures [50 ans et plus] et propices à la récolte. » 

Baisse des accidents 

La fréquence des accidents en forêt est à la baisse, mais le risque demeure toutefois bien réel. « Être bûcheron, c’est un métier qui est dur et qui est dangereux. Des accidents forestiers, tu en as à tous les ans », se désole Jean-Paul Gendron qui a déjà subi des blessures mineures en bûchant. 

Près de chez nous, Pierre Girard est décédé le 12 février dernier à la suite d’un accident sur les terres de la ferme familiale à Westbury. Malgré ce côté sombre, la forêt « ça crée de l’emploi, ça génère de la plus-value économique », rappelle M. Gendron. Ses autres avantages incluent « le tourisme, les paysages et la santé publique. » 

Jean-Paul Gendron a fait carrière au Bas-Saint-Laurent—Gaspésie de 1972 à 1986 pour l’Office de planification et de développement du Québec, puis en Estrie de 1986 à 1991. Il a été sous-ministre adjoint au développement des régions en Estrie de 1992 à 1996. Il multiplie depuis les implications au sein de comités, dont celui de la création du parc national du Mont-Mégantic en 1994 et du réseau des Sentiers frontaliers.  

Il est membre de Nature Cantons-de-l’Est depuis 2001 et président de l’Agence de Mise en valeur de la Forêt privée de l’Estrie depuis 2011. 

sucres

On fait le plein de bonheur

Le maire de Newport, Robert Asselin, offrait la tire sur la neige lors de l’évènement annuel la Cabane à sucre, à Island Brook, dimanche dernier.

Les bourgeons de la plaine, ou érable rouge, gonflaient et rougissaient dimanche après-midi lorsque nos sucriers couraient pour produire autant de sirop que possible avant que ce marqueur de la fin de saison prenne le dessus. Au même moment, à l’Hôtel de Ville de Newport à Island Brook, les fervents de la tire sur neige remplissaient leurs bouches et faisaient le plein du plaisir de se retrouver entre voisins, ami.es et nouveaux visages lors de la célébration annuelle de la Cabane à sucre de la municipalité.

Le résident et producteur de sirop Allan Stanley y était parce qu’il avait déjà arrêté sa saison. Il m’a dit qu’il a fait environ le trois-quarts en quantité de sirop de sa saison moyenne. Il compte 950 entailles à la chaudière dans son érablière.

Patrick Cosman bouillait à toute vitesse vendredi soir avec son nouvel évaporateur à copeaux de bois, toujours avec l’espoir d’atteindre sa moyenne annuelle de production. Il avait dormi à peine quelques heures la nuit d’avant. Il a eu des coulées d’eau d’érable cette saison, de ses 42 000 entailles, qui ont presque fait déborder ses réservoirs.

Aussi à Newport, vendredi en journée, Thérèse Ménard et Yves Théroux prévoyaient encore une dizaine de jours de production, selon la météo à ce moment-là, et alors « une bonne saison » pour leur érablière de 18 000 entailles.

Mais, aux mots de M. Cosman, « Ça dépend quand ça termine »/« It depends when it ends! »
Pour ceux qui ne produisent pas, mais qui apprécient, dans beaucoup de cuisines et de salles à manger du Haut-Saint-François ces temps-ci, on en profite, et on se dit chanceux d’avoir de tels voisins-producteurs.

AG d’Expo Cookshire : surplus de 10 %

Entre les grosses tempêtes de février, des membres et administrateurs de la Société agricole du comté de Compton (Expo Cookshire) se sont assemblés à la salle communautaire d’Island Brook pour revoir une année 2024 réussie et planifier l’expo de 2025, du 14 au 17 août.  

Le président Brandon Ward est réélu, ainsi que le trésorier Neil Burns et la secrétaire Manon Corbeil. Ils sont appuyés par le premier vice-président Shane Coates et le deuxième vice-président Troy Rothney, ainsi que Larry Everett et Dallas Campbell, sur le comité exécutif de l’Expo.  

Huit sièges du conseil d’administration étaient ouverts pour réélection. Six parmi eux ont été pourvus par acclamation et deux par élections avec deux candidats pour chacun, votés par une vingtaine de membres présents à l’assemblée générale annuelle de la Société.  

Dans le rapport du président, M. Ward a exprimé sa reconnaissance surtout aux bénévoles qui ont aidé à l’entrée de l’évènement et ailleurs, en disant qu’ils et elles étaient parmi les principales raisons que l’Expo n’a pas perdu d’argent en 2024.   

Le rapport du trésorier sur les états financiers soulignait un revenu total pour l’année de 315 000 $ et des dépenses de 283 000 $, pour un surplus de 32 000 $.  

« Nos dépenses sont relativement hautes par rapport à ce qu’on gagne, ce qui nous met à risque s’il y a une mauvaise année avec de la pluie », de dire M. Ward. « Cette année, qui sait, peut-être il neigera », a-t-il ajouté en amenant un premier élément de légèreté à l’assemblée.  

En fait, Cookshire, les Cantons-de-l’Est et le nord-est de l’Amérique du Nord ont eu de la neige à chaque mois de l’année 1816, maintenant appelé « l’année sans été », dû à la poussière dans l’atmosphère d’un volcan en Asie.  

Mais l’Expo Cookshire n’existait pas encore en cette année. Elle célébrera son 180e anniversaire cette année. L’an passé, une bonne température a aussi contribué aux bons résultats financiers de la Société, comparé à la pluie en 2023.  

Lors de l’assemblée en février, l’échange entre membres portait beaucoup sur un meilleur contrôle des dépenses, particulièrement celles qui augmentent pour la location du parc d’amusement. David Grey a recommandé une mise en commun avec les conseils d’autres expos dans la région pour renforcer le pouvoir de négociation de Cookshire. Quelqu’un d’autre dans la salle a suggéré l’idée de tarifs, sans appui formel de l’assemblée comparé à la proposition plus prometteuse de M. Grey.  

Ensuite, le nouveau conseil d’administration a tenu sa première réunion au bureau de l’Expo Cookshire le 17 mars dernier. 

Pour survivre en forêt et sur la ferme

Pendant que nos érablières finissaient d’entailler à la mi-février, on parlait justement d’elles au forum régional sur le développement de notre zone agricole. Les fermes et entreprises forestières étaient les vedettes de ces discussions : on veut les voir réussir et se distinguer.

Elles essaient : exceptionnellement, comparé à d’autres régions, le Haut-Saint-François a vu son nombre d’entreprises agricoles augmenté dans les 20 dernières années. On est aussi reconnu pour la haute proportion de petites entreprises.

Mais petite entreprise égale petit revenu, surtout sur la ferme ou dans la forêt. La moitié des exploitations ici gagne moins de 50 000 $ par année. Aussi, « Le nombre d’entreprises en démarrage (déclarant des revenus de 5 000 $ et moins) a presque triplé depuis 2010 », selon la mise à jour 2024 du Plan de développement de la zone agricole du Haut-Saint-François.

Pour survivre, sans parler de réussir, il faut les aider à augmenter leurs revenus. Ces fermes qui ont des revenus moins de 50 000 $ doivent avoir une ou plusieurs personnes dans la famille, si elles sont chanceuses d’avoir une famille, qui gagnent aussi un revenu hors-ferme. Mais on est grand nombre dans la région à pouvoir témoigner qu’exploiter une ferme et poursuivre un revenu hors-ferme est très difficile.

Pour soutenir ces gens courageux et acharnés, les planificateurs au forum, les Mariane Paré, Robert Roy et autres, parlaient de collaboration, d’entraide, de mobilisation et de synergie entre les acteurs intéressés. Le ton était positif. La rencontre d’une journée au milieu de la semaine a attiré une grande participation, environ 80 personnes.

Mais on ne parlait pas juste de planification. Une rencontre de producteurs agricoles et forestiers, que ce soit formelle ou informelle, couvre toujours des sujets des plus intéressants, en allant de la météo aux morts. Sans le qualifié comme acharné (c’est juste normal), on parle du travail, de la fin de l’entaillage, des naissances au cheptel, de la coupe à la forêt, des voyages de bois; aussi des incidents et des accidents.

L’industrie de la forêt et la scierie se trouve parmi les cinq premières en termes de décès par accident au Québec, selon la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail (CNESST); l’agriculture parmi les 10 premières.

Au forum à Bury, on parlait aussi de la perte d’un collègue récemment, qui n’est pas retourné vivant de sa sortie de coupe de bois. On sait tous comment ça peut arriver si facilement, comme le travail avec les grands animaux, surtout une vache avec son nouveau-né, peut aussi se retourner contre nous.
Dans mon cas, des arbres coupés qui bougent soudainement de façon horizontale m’ont souvent surpris, une fois avec un bon coup à la jambe qui a pris des semaines à guérir. On sait que chaque fois qu’on sort de la forêt sans accident, on est chanceux.

On met aussi la chance de notre bord par des formations : le cours de base sur l’abattage directionnel et de précision, par exemple, offert par le Syndicat des Producteurs forestiers du Sud du Québec, a énormément amélioré mon travail et ma sécurité, malgré plusieurs décennies d’expérience auparavant. Ça n’enlève pas la malchance, mais ça augmente beaucoup la chance.

Et ça parle justement des bénéfices de la collaboration : que les producteurs se sont réunis à l’intérieur d’un organisme, dans ce cas le Syndicat, pour améliorer leur sort, que ce soit par l’offre de formation, par la gestion de l’offre même ou par la planification. Comme lors d’un forum à Bury où on parle d’un meilleur avenir pour nos fermes et nos entreprises forestières.

Marché Patry

Bel et bien un marché de ferme chez nous!

Malgré ma grande proposition dans notre dernier numéro à l’effet que le Haut-Saint-François devrait avoir un marché de ferme permanent, ou plusieurs, comme celui au sud de Lennoxville, des gens dynamiques de chez nous essaient déjà… et réussissent déjà. Heureusement.

À la sortie de notre dernière parution, la réponse était rapide pour me corriger : Mireille Rodrigue en premier m’a appelé pour m’annoncer l’existence du Marché de la Ferme Patry à Weedon, sur la route 112, un peu plus loin que j’avais l’habitude à voyager lorsque j’amenais mes poules de chez moi à Newport à l’Abattoir boucherie Desmarais à Weedon.

Aussi, Mme Rodrigue avait elle-même lancé et opéré un marché de produits locaux à Dudswell, dans le secteur de Marbleton, de 2019 à 2023.

Elle offrait des produits de fermes de la région, et plus encore, incluant le vrac. Mais comme petite entreprise, son prix d’achat en gros était plus qu’un consommateur qui achète en détail chez un magasin d’immense surface (et d’immense stationnement) perdu dans un ancien champ à l’extérieur de Sherbrooke.

Sur ce point, notre économie locale et provinciale a désespérément besoin de changement : les petits acheteurs ne devront pas être écrasés par le pouvoir d’achat de gros éléphants américains.

Mme Rodrigue opérait lors de la pandémie quand il y avait un grand engouement pour l’achat local. Pour compenser le manque de mobilité de ses clients, elle faisait des livraisons, jusqu’à l’autre coin de la région, à La Patrie. Ce n’était pas assez pour réussir à la longue. « Ce n’était pas viable », a-t-elle dit.

Aujourd’hui, alors, elle aide Myrianne Lessard, la propriétaire du Marché de la Ferme Patry, lancé en 2022, avec ses associés dans la Ferme, Jean-Pierre Patry et Pierre-Marc Patry.

Ce Marché a l’avantage d’être directement sur la route 112, comparé à celui que Mme Rodrigue avait lancé. Selon elle et la propriétaire, Mme Lessard, cela amène aussi une clientèle de l’extérieur de la région, de Sherbrooke et même de Montréal.

Mme Lessard identifie quatre catégories de clients à son Marché : les gens locaux, les visiteurs en promenade, les touristes qui louent des chalets et logements à court terme dans la région et les propriétaires de chalets. Récemment, des gens de Montréal si satisfaits avec ses produits sont revenus une fois juste pour acheter une dizaine de lasagnes.

Le Marché de la Ferme Patry offre les produits de viande de sa propre ferme ainsi qu’une grande variété d’offres d’une quarantaine de producteurs d’ici et de plus loin, comme l’Outaouais. « C’est vraiment local et québécois », a-t-elle dit. Il y a du prêt-à-manger, une boulangerie, des idées cadeaux, des tisanes, un café avec une table pour s’asseoir et apprécier la place… « On vient ici aussi pour jaser », a ajouté Mme Lessard.

Et à date, c’est une réussite. « Ça va bien », a-t-elle dit. « Les gens répondent à la demande. » Pendant la période basse de l’hiver, ce sont « les gens d’ici » qui font vivre le Marché, et justement, lors de notre entrevue, plusieurs clients locaux sont venus faire leurs achats un samedi après-midi au début d’une autre tempête de neige.

Le PDZA 2023-2028 pour être chef de file en agroforestier

Les maires et représentants de 11 municipalités sur les 14 que compte le Haut-Saint-François étaient présents lors du dévoilement du PDZA. Crédit : Jean-Marc Brais

Le nouveau Plan de développement de la zone agricole (PDZA) 2023-2028 a été dévoilé le 20 février dernier au Manège militaire de Bury. L’événement a réuni près de 80 producteurs agricoles et élus municipaux. 

« Le PDZA vise à faire de la MRC du Haut-Saint-François un chef de file en entrepreneuriat agricole et forestier », a exprimé le préfet Robert G. Roy en ouverture de journée. Pour ce faire, on compte poursuivre les avancées faites dans le cadre du premier PDZA qui s’est échelonné de 2017 à 2022. 

Parmi les bons coups réalisés durant cette période, on compte la dizaine de jumelages réalisés par L’ARTERRE, la mise en ligne de la Banque d’opportunités d’affaires de l’Estrie et le développement des marchés publics. Le Haut-Saint-François se distingue des autres MRC de la région avec le nombre le plus élevé de kiosques à la ferme, soit 117. 

Des hauts et des bas 

La troisième culture en importance dans le HSF est l’acériculture. En 1993, il y avait 342 720 entailles exploitées comparativement à 906 080 en décembre 2021. Le nombre d’entailles a donc presque triplé en 28 ans. 

Si l’on revient en 1993, il y avait 529 entreprises agricoles. Un creux a été atteint en 2007 avec 397 entreprises, avant de revenir à 523 en 2023. Le nombre d’exploitations agricoles sur le territoire est pratiquement le même qu’il y a 28 ans, ce qui est rarement la situation observée dans d’autres MRC du Québec, selon le document Portrait 2024 du PDZA. L’Estrie a plutôt vu son nombre de fermes diminuer de 374 en 28 ans. La situation du Haut-Saint-François est donc particulièrement positive sur ce point.  

C’est sur le plan des revenus par entreprise que la situation est moins reluisante dans le HSF. En 2021, 51 % de toutes les entreprises du territoire généraient moins de 50 000 $ de revenu brut annuellement. Il y a une plus grande proportion d’entreprises qui gagnent moins de 50 000 $ dans la MRC qu’en Estrie et dans la province en général. De tels chiffres indiquent que plus de 50 % des producteurs agricoles de la MRC ont une autre occupation que l’agriculture et font de l’agriculture à temps partiel.  

1er PDZA 

C’est le 16 août 2016 que la MRC du Haut-Saint-François adoptait son premier plan de développement de la zone agricole. On retient de celui-ci « l’excellente mobilisation des acteurs et intervenants », peut-on lire dans la mise à jour 2024. 

L’actuelle mouture a été adoptée en juillet dernier par le conseil de la MRC après deux années de travail collaboratif et une vingtaine de rencontres, dont le forum d’avril 2023 que Le Journal avait couvert.  

Pour le préfet Robert G. Roy, « le PDZA, c’est un document stratégique. Ça a une vision qui a été partagée. C’est un engagement collectif. […] Nous allons passer à l’action. Nous devons transformer cette planification en réalisations concrètes. » 

Le dévoilement du PDZA 2023-2028 a réuni une dizaine d’intervenants qui ont pris la parole pour exposer leur réalité et les défis de l’agriculture. Au centre, on retrouve Mariane Paré qui est présidente de la démarche.

Une terre agricole en location gratuite chez Bora Boréal Bury

Crédit : Chloé Ferrari

Afin d’attirer la relève agricole, la MRC du Haut-Saint-François lance un appel de projets pour cultiver gratuitement une parcelle de plus de trois hectares sur le site de Bora Boréal à Bury. Les entrepreneurs agricoles intéressés ont jusqu’au 30 avril pour soumettre leur plan d’affaires. 

« En mettant à disposition cette terre agricole en location gratuite, nous souhaitons favoriser l’émergence d’un projet unique qui enrichira à la fois l’expérience touristique et l’économie locale », mentionne Nicolas Robitaille, copropriétaire de Bora Boréal. Le projet retenu devra effectivement s’harmoniser aux opérations de l’entreprise de chalets flottants et offrir une valeur ajoutée aux visiteurs. 

Le projet s’adresse à des entrepreneurs agricoles de l’extérieur en leur offrant « les outils et l’accompagnement nécessaires pour s’établir durablement dans notre région », explique le préfet de la MRC, Robert G. Roy. La personne sélectionnée sera accompagnée par le ministère de l’Agriculture, l’organisme ARTERRE, le CLD ainsi que la SADC du HSF. 

Selon les données d’Ose le Haut, « il y a plus d’une trentaine de fermes et fermettes à vendre ou à louer » dans le HSF. « Entre 2019 et 2022, l’Estrie a enregistré une augmentation notable de 162 entreprises agricoles, reflétant l’attrait croissant de la région pour les entrepreneurs agricoles. » 

Une journée exploratoire en relève agricole prévue le 24 mai permettra de faire découvrir les terres agricoles et habitations à louer et à vendre dans la MRC.  

Depuis le début de l’année, une campagne d’attraction d’Ose le Haut est visible dans la ville de Sherbrooke. Crédit photo : Ose le Haut

Gomme de sapin : le produit phare de Léo Désilets en péril

Rachel Nadeau captée alors qu’elle récolte de la gomme de sapin en forêt. Photo fournie

La gomme de sapin baumier vient à manquer. À vrai dire, ce sont plutôt les cueilleurs qui se font rares, alors que la matière première n’attend qu’à être récoltée. 

Il y a une dizaine d’années à peine, l’entreprise Léo Désilets établie à Scotstown pouvait compter sur une quarantaine de cueilleurs. Cette année, « on espère qu’au printemps, on va avoir des cueilleurs », confie Louise Thibault, employée de l’entreprise et conjointe de Sylvain Désilets, fils du fondateur. 

« Les cueilleurs se font de plus en plus rares. […] Ils vieillissent et il n’y a plus de relève », poursuit-elle. La récolte de gomme de sapin était une activité plus répandue avant. « Il y a des gens qui ont fait ça pendant longtemps comme travail d’été », indique Yvon St-Jean du Syndicat des producteurs forestiers du Sud du Québec. Mais aujourd’hui, « qui c’est qui sait que ça existe, cet emploi-là? » 

Et pourtant, ce n’est pas parce que le salaire est bas. Selon M. St-Jean, un cueilleur moyen peut faire 200 $ par jour. « C’est pas compliqué, mais il faut persévérer. Il faut aller en forêt tous les jours », poursuit-il. 

En quelques années, le prix de la résine de sapin a doublé. Chez Léo Désilets, la livre est passée de 28 $ à 50 $ en 2024. Chez Gomme de sapin du nord, à Saint-Jérôme, elle est passée de 25 $ en 2021 à 40 $ en 2024. « La rareté est là, ça fait qu’on paye plus », reconnaît Louise Thibault. 

Toujours est-il que le produit vedette de Léo Désilets est en rupture de stock à l’heure actuelle. La réserve de gomme de sapin est trop basse pour en faire la production. « Avant, on avait un sirop. Il n’existe plus. La gomme de sapin pure, c’est vraiment notre gros vendeur », explique Mme Thibault. « On est rendu les seuls qui en vendent. Sapino n’en vend plus. Il se fait rare. Ce serait de valeur qu’on soit obligé de le délaisser. » En effet, puisque c’est le produit avec lequel s’était lancé Léo Désilets en 1974. 

Petit pin va loin 

Si une telle entreprise établie confie avoir de la difficulté à s’approvisionner en térébenthine, d’autres joueurs – plus petits – réussissent à tirer leur épingle du jeu. C’est le cas de Rachel Nadeau, une cueilleuse basée à Lac-Drolet, au nord de Lac-Mégantic. Comptant sur l’aide de deux autres passionnés, elle souhaite garder sa production à un niveau artisanal. 

« Tout le monde m’appelle : dans les Laurentides, au Nouveau-Brunswick, partout! », s’exclame Mme Nadeau. « L’année passée en janvier, février, mars, j’en n’avais plus du tout. » 

Dans son cas aussi la demande demeure forte, alors que l’offre reste faible. Même si elle a doublé le prix qu’elle offre aux cueilleurs, « des jeunesses, il n’y en a plus qui veulent aller dans le bois », selon elle. « Ça va être appelé à disparaître, je suis certaine. » 

Non seulement il n’y a pas de relève pour la cueillette de gomme de sapin, mais les conifères n’ont pas la cote en ce moment. L’engouement pour l’érable et l’acériculture prend le dessus dans les forêts.  

« Dans la montagne à Lac-Drolet, j’ai ramassé [de la gomme de sapin] il y a trois ans. Aujourd’hui, oublie ça. Je peux plus en ramasser. Tous les sapins ont été abattus. Tu regardes la montagne; c’est juste des érables! » 

Malgré les embûches, Rachel Nadeau n’est pas près de prendre sa retraite. « Moi, je veux que tout le monde prenne de la gomme de sapin. Si tu savais les bienfaits que ça a! » 

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