Vivons-nous dans un monde de licornes ?

Je m’attends à voir revenir aussi les arcs-en-ciel et « ça va bien aller » « la lumière au bout du tunnel ».
Alors que le gouvernement des États-Unis veut nous imposer des frais de 25% sur nos exportations, on entend et on peut lire partout qu’il faut favoriser l’achat local. 

L’agriculture de proximité, ça fait dix ans qu’avec mon épouse, on en fait. Nous sommes maraîchers, avons des poules pondeuses, élevons des poulets et avons des ruches. Tous nos produits sont vendus directement aux consommateurs dans le kiosque à la ferme.

Aujourd’hui, je suis en colère face à cette vague d’hypocrisie et d’opportunisme. Les politiciens veulent renflouer leur capital sympathie sur notre dos, à grands coups de, achetons local, encourageons nos producteurs. 

On l’a vu lors de la pandémie, quand les frontières étaient fermées, beaucoup ont eu peur de manquer de nourriture. C’était l’âge d’or des kiosques à la ferme, certains y ont cru, se sont développés en grand, pour retomber plus bas quand tout est revenu à la « normale ». La nature humaine est ainsi faite que rares sont ceux qui aiment le changement, aussitôt les frontières ouvertes et le spectre de la pandémie éloigné, tout le monde a repris sa vie d’avant.

Je ne blâme personne. Par contre, on nous avait promis de favoriser l’autonomie alimentaire, l’achat local. Bon nombre de fermes ont dû arrêter leur activité faute de clientèle ou se chercher un travail à l’extérieur pour continuer. Nous étions tous révoltés quand le gouvernement a annoncé une aide de 32 millions de dollars pour une ferme qui produit des fraises sous serre. Cette même ferme est en vente pour des problèmes de rentabilité. Combien de petites exploitations agricoles auraient pu être aidées avec cette somme ? Quand le ministère de l’Agriculture donne plusieurs centaines de milliers de dollars à un abattoir qui ferme après à peine un an d’activité, un scandale!

Après la pandémie, on s’est dit, c’est le moment de demander plus d’aide. On a fait des demandes qui sont restées lettres mortes.

Alors oui, j’aimerais bien y croire à cette future vague d’amour pour l’achat local. Le consommateur oublie souvent que c’est lui qui a le pouvoir. Si on a des fraises, des tomates et d’autres légumes à l’année longue, c’est qu’il y a une demande.

Alors oui, on va vous accueillir avec plaisir dans nos fermes avec des produits sains et de qualité.
L’achat local et l’autonomie alimentaire on y croit, mais notre passion et résilience ne suffisent plus. On ne veut plus survivre; on veut vivre de notre métier, et on est fier de ce que nous produisons.

Claude Erb, Magog
Représentant des fermes de proximité de l’Estrie, UPA

Puits

L’identification des puits honorée par l’UPA

Un projet d’identification de puits ruraux est né dans l’ancienne cuisine de Marie-Antoine Roy, sur la photo, et de sa conjointe Diane Duranleau dans le petit hameau de Maple Leaf à Newport.

Dans 100 ans, lors du 200e anniversaire de l’Union des producteurs agricoles (UPA) du Québec, on ouvrira un coffre pour trouver parmi les trésors un rappel d’un petit projet local qui est devenu d’envergure nationale, né dans une cuisine de Newport.

En juin 2001, le projet d’identification de puits proposé par le résidant Marc Vaillancourt a été lancé, avec son voisin, entre autres, l’agriculteur Marie-Antoine Roy, responsable d’un comité régional. Environ 150 puits ont été identifiés volontairement dans le projet pilote de Newport, où le premier comité s’est organisé dans la cuisine de M. Roy et sa conjointe Diane Duranleau.

« C’est devenu provincial après », de dire M. Roy lors d’une entrevue au même endroit en mi-janvier. « C’est un beau projet; j’ai eu du plaisir, avec les producteurs et les voisins ». Selon M. Roy, à cette époque, il y avait 42 producteurs dans son voisinage; aujourd’hui, il y en a deux.

Après le succès du projet au Québec, qui est encore aujourd’hui volontaire, il a fait son chemin ailleurs, en commençant par la région de Prescott-Russell, en Ontario.

L’identification de puits ruraux est importante pour la protection de l’eau potable près de champs cultivés. Un agriculteur ne doit pas travailler à l’intérieur d’un périmètre de 30 mètres d’un puits, pour éviter sa contamination. L’identification par les pancartes bleues qu’on voit ici et là à travers le Haut-Saint-François et ailleurs permet aux agriculteurs de mieux connaître l’existence et l’emplacement des puits, souvent sur des propriétés avoisinantes de leurs champs, mais parfois plus près de 30 mètres.

Le projet était le seul choisit pour représenter l’Estrie dans le coffre de l’UPA, qui sera fermé pour les prochains 100 ans. Cet honneur a été annoncé lors du congrès annuel de l’UPA en décembre dernier.
« Pour moi, c’est une très grande reconnaissance » selon M. Roy, citant encore le plaisir qu’il a eu à réaliser le projet ainsi que l’effet de rapprochement des voisinages.

L’UPA adopte son plan de financement, l’Estrie s’oppose

Des producteurs agricoles votent lors de la réunion plénière du 100e Congrès de l’UPA, tenu les 3 et 4 décembre derniers. Crédit : Union des producteurs agricoles 

Dans le cadre de son 100e congrès général annuel en décembre, l’Union des producteurs agricoles (UPA) a adopté majoritairement son plan de financement 2025-2029. Celui-ci prévoit une augmentation de 120 $ de la cotisation annuelle d’une entreprise agricole cette année.  

Le plan avait créé des mécontents l’automne dernier, lorsque les syndicats locaux avaient commencé à le présenter à leurs membres. « Nous autres dans le Haut-Saint-François, on avait parti le bal. On était le premier syndicat local à se prononcer là-dessus, puis on avait refusé l’augmentation. En Estrie, ç’a finit qu’il y en a eu cinq sur sept [syndicats locaux] qui ont refusé aussi », se remémore Bernard Lapointe, président du syndicat du Haut-Saint-François.  

 Augmentation cotisation 
au 1er janvier 
Cotisation annuelle Augmentation 
contribution 
au 1er août 
2025 +60 $ 466 $ +4 % 
2026 +10 $ 476 $ +4 % 
2027 +10 $ 486 $ +4 % 
2028 +10 $ 496 $ +4 % 
2029 +5 $ 501 $ +4 % 
La cotisation annuelle présentée ici est sous forme individuelle. La majorité des entreprises agricoles doivent payer une cotisation double. À droite, les contributions sont les pourcentages que remettent les producteurs membres de la mise en marché collective, telle que le lait, le porc et le sirop d’érable.

L’UPA-Estrie fut la seule fédération régionale à s’opposer à l’adoption du plan de financement lors du congrès provincial le 4 décembre dernier. Ce refus local pourrait s’expliquer par un taux de petites fermes plus élevé qu’ailleurs.  

« Quand tu vas en Montérégie, des grandes cultures de milliers d’acres, plus ou moins 60 $, ça fait pas de différence. Mais quand ton chiffre d’affaires est de 6000 $ puis que tu es reconnu producteur agricole ou qu’il est à 26 000 $, que tu es deux actionnaires puis que ça te coute deux cotisations, bien c’est plus 60 $ ou plus 120 $ », poursuit M. Lapointe.  

Un point qui a facilité l’adoption du plan de financement à l’échelle de la province est la promesse « d’instaurer, dès 2027, un nouveau régime de cotisation visant une plus grande équité selon la taille des entreprises », indique la résolution présentée en plénière.   

La confédération de l’UPA travaille « à mettre en place le système de cotisation en fonction du chiffre d’affaires des entreprises, ce qui rendrait la cotisation plus équitable pour l’ensemble des fermes », indique Michel Brien, président de l’UPA-Estrie. 

Ce nouveau système était supposé entrer en vigueur en même temps que le plan de financement 2025-2029, « mais l’Union a pas eu le temps de mettre ça en place », poursuit M. Brien. « C’est pour ça que la région a voté contre le plan de financement. » 

Les consultations pour mettre en place le nouveau régime de cotisation de 2027 ont débuté ce mois-ci. Selon le recensement 2021 de l’UPA, 27 % des entreprises agricoles ont des revenus bruts de moins de 50 000 $. En 2024, le total du financement syndical en provenance des membres s’élève à 27 071 110 $, en additionnant les cotisations et les contributions.   

Les Jardins d’etc reconnus pour leurs emplois étudiants

Emilie Turcotte-Côté, propriétaire des Jardins d’etc pose avec le cadre de reconnaissance qu’elle a reçue de la part de l’organisme R3USSIR.

Les Jardins d’etc, à Bury, ont reçu une reconnaissance de l’organisme R3USSIR – Éduction Emploi Estrie pour leur « engagement exceptionnel en faveur de la réussite éducative ». 

« Ça fait huit ans que j’accueille des étudiants », explique la propriétaire des Jardins, Emilie Turcotte-Côté. « Chaque année, j’ai au moins deux-trois étudiantes. » Ainsi, c’est plus d’une douzaine de jeunes qui ont pu concilier travail et études depuis les débuts de l’entreprise en 2017.  

« Il y a des propriétaires de ferme qui veulent pas engager des étudiants parce que le salaire minimum est tellement rendu haut qu’il y a plus tant de différence entre le salaire minimum d’un étudiant qu’un ouvrier qui a de l’expérience », poursuit Emilie.   

Celle qui produit fleurs et produits maraichers se fait tout de même un devoir d’accueillir la relève chez elle. « C’est des jeunes qui, habituellement, ont quand même de la difficulté à l’école. »  

Les Jardins d’etc agissent même comme conseiller en orientation pour certaines étudiantes qui ne savaient pas vers quelle carrière se tourner. « Elles sont rendues au cégep en agriculture. Je suis vraiment contente. Avant d’être ici, elles savaient pas qu’elles allaient aller là-dedans », se réjouit Emilie.  

Aux yeux de l’organisme R3USSIR, Les Jardins d’etc sont « un modèle pour tous les employeurs engagés pour la réussite éducative et de la persévérance scolaire ». L’entreprise collabore de plus avec le Carrefour jeunesse-emploi « pour mettre en place des actions afin de soutenir les étudiants-employés ». 

À droite, la conseillère en emploi du CJE HSF, Isabelle Poulin-Rioux, lit la lettre de reconnaissance adressée à Emilie Turcotte-Côté (à gauche) par l’équipe de l’organisme R3USSIR.

En plus de la reconnaissance octroyée par l’organisme R3USSIR, Les Jardins d’etc continuent de s’illustrer dans la région et à travers la province. En juin dernier, ses fleurs ont été offertes lors de la collation des grades de l’Université Bishop’s. Il s’agissait d’une première dans la province.  

Également, Emilie Turcotte-Côté est apparue dans l’édition de janvier du magazine Québec Vert, un bimensuel portant sur l’horticulture ornementale. Elle est également vice-présidente de l’Association des productrice.eur.s de fleurs coupées du Québec.  

Les légumes d’hiver pour des paniers à l’année

Camille Lussier et Louka Lafrenière étaient derrière le kiosque des Hôtes Épinettes lors du marché de Noël de Lennoxville le 30 novembre dernier.

Elles sont quelques fermes à produire des légumes frais à l’année dans le Haut-Saint-François. Parmi elles, on retrouve Les Hôtes Épinettes à Cookshire-Eaton, le Domaine du Coq à l’âne à Bury, Les Maraichers de l’or vert à Sawyerville et la ferme Croque-Saisons à Lingwick.

Lorsqu’on se procure des paniers d’hiver, les légumes sont un mélange de produits fraîchement cueillis et de récoltes qui ont été entreposées. « Le kale et les épinards vont survivre l’hiver dans une serre avec aucun chauffage. Le jour, vu que ça dégèle, on les récolte. La nuit, ça gèle puis ça survit », explique Camille Lussier de la ferme Les Hôtes Épinettes.

À tel point que les épinards d’hiver seraient plus gouteux que ceux d’été, puisque « les sucres se concentrent ». Même constat du côté des Maraîchers de l’or vert. Leurs céleris d’automne sont « plus croquants et juteux ».

Outre les serres non chauffées, il existe aussi celles minimalement chauffées, soit qui sont maintenues à une température de 2 °C.  Dans les deux cas, l’offre de légumes est moindre que durant l’été. C’est pourquoi 18 fermes de l’Estrie ont décidé de s’unir afin d’offrir une belle variété aux consommateurs l’hiver.

Ce réseau est derrière les paniers Bio locaux des Cantons, qui en sont à leur deuxième saison. L’association de cette vingtaine de fermes locales permet de contrer l’enjeu de l’entreposage.

L’union fait la force

« En commun, on peut avoir une plus grosse chambre froide avec de meilleures conditions et pas avoir à investir dans chacune de nos fermes. La force du groupe peut nous permettre d’avoir de meilleures installations », relate Camille Lussier.

Ces installations consistent en un entrepôt de 5000 pieds carrés situé sur le site de la ferme À nous la ferme, à Sherbrooke. L’offre qui en résulte n’a rien à envier aux grandes surfaces de ce monde : carottes, patates, oignons, courges, betteraves, choux, radis, etc.

Il était surprenant de constater l’offre de légumes frais et locaux encore disponibles à ce temps-ci de l’année.

Ces paniers d’hiver sont offerts du mois de novembre à celui de mai de l’année suivante, juste avant le début de la saison régulière des paniers estivaux. Ainsi, « on laisse pas nos clients orphelins », poursuit celle qui est la relève principale de la ferme Les Hôtes Épinettes. « L’idée, c’est de pas les échapper au profit de l’épicerie, de les garder dans la boucle de ‘Je consomme local. Je suis conscient de mes achats.’ »

Car conscientiser les gens est un travail de tous les instants. « Les gens réalisent à quel point c’est important de garder nos campagnes actives, notre agriculture vivante. S’approvisionner directement chez le producteur, ça fait toute la différence », conclut Camille Lussier. Les paniers Bio Locaux des Cantons, auxquels participent les fermes Les Hôtes Épinettes et Croque-Saisons, sont disponibles au cape.coop/bio-locaux-des-cantons. Pour ceux du Domaine du Coq à l’âne, ils le sont au domainecoqalane.com/paniers-dhiver. Les Maraîchers de l’or vert vendent également à partir de leur site web au maraichersdelorvert.com.

Camille et Thomas du Domaine du Coq à l’âne à Bury sont en vedette dans cette publicité du Réseau des fermiers.ères de famille vantant les paniers de légumes d’hiver.
Myrianne Lessard, Pierre-Marc Patry et Jean-Pierre Patry

Cinq entreprises agricoles honorées

Myrianne Lessard, Pierre-Marc Patry et Jean-Pierre Patry

Cinq entreprises et des entrepreneur(e)s du Haut-Saint-François ont été honorés au 132e concours de l’Ordre national du mérite agricole (ONMA) : la Ferme Croque-Saisons de Caroline Poirier et de Sébastien Alix; Rémi Cloutier; les Jardins d’etc de Émilie Turcotte-Côté et de François Gendron; la Ferme Patry de Jean-Pierre Patry, de Pierre-Marc Patry et de Myrianne Lessard; ainsi que l’Érablière Nouvelle Génération de Isabelle Blouin et de Hugo Perron.  

Des prix de portée régionale et nationale leur ont été décernés pour reconnaître leur contribution à l’essor et à la prospérité du Québec et de leur région. 

Située à Lingwick, la Ferme Croque-Saisons produit plus de 45 variétés de fruits et de légumes certifiés biologiques par Ecocert Canada. L’entreprise a terminé au 13e rang au classement national et 7e au classement régional, ce qui leur a valu le titre d’Officier et une médaille d’argent de l’ONMA.  

Rémi Cloutier, de Scotstown, est principalement un producteur de bovins de boucherie. Il a une vision écologique de l’agriculture, comme la pratique du pâturage intensif. Sa ferme est 15e au classement national et 8e au classement régional. Il a reçu le titre d’Officier et une médaille d’argent de l’ONMA. 

François Gendron et Émilie Turcotte-Côté

Situés à Bury, les Jardins d’etc produisent des légumes, des fraises et des fleurs coupées certifiés biologiques par Ecocert Canada. L’entreprise a terminé 21e au classement national et 7e au classement régional, leur permettant de recevoir le titre de Chevalier et une médaille de bronze de l’ONMA. 

La Ferme Patry de Weedon a acquis une expertise, entre autres, dans les domaines de l’élevage de bœuf charolais, de la vente d’animaux pour la reproduction et de la vente de viande en quartier. Leur ferme est 24e au classement national et 10e au classement régional. Les trois propriétaires de l’entreprise familiale ont reçu le titre de Chevalier ainsi qu’une médaille de bronze de l’ONMA. 

Hugo Perron et Isabelle Blouin

Située à Saint-Isidore-de-Clifton, l’Érablière Nouvelle Génération a plus que quadruplé le nombre d’entailles en achetant les terres voisines de la leur. Hugo Perron s’occupe de la production du sirop d’érable et Isabelle Blouin, de sa transformation. Leur érablière est 41e au classement national et 18e au classement régional, ce qui leur a valu le titre de Chevalier et une médaille de bronze de l’ONMA. 

Le gala de remise de prix a eu lieu le 18 novembre dernier, à Drummondville, et regroupait les producteurs du Centre-du-Québec, de l’Estrie et de la Mauricie. Il a rassemblé près de 500 personnes. Cet événement est organisé par le ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation (MAPAQ). 

Les travailleurs étrangers temporaires préparent leur départ

Entre les jeux organisés, les remerciements et un spectacle de danse traditionnelle colombienne, une célébration des travailleurs étrangers temporaires à Cookshire en novembre a également permis d’informer les participants sur les étapes à remplir avant leur départ du Québec, comme la fermeture de leurs comptes bancaires.  

Une quarantaine de travailleurs s’est jointe à cette activité de reconnaissance, organisée par Actions interculturelles et placée sous le signe de la convivialité et du partage.  

Il est « important pour Actions interculturelles d’offrir un moment agréable aux travailleurs essentiels, qui contribuent à la prospérité des entreprises québécoises et du Québec », souligne Aura Maria Forero, coordonnatrice du projet.  

Valoriser les apports de la diversité culturelle en Estrie et ainsi favoriser l’insertion socioprofessionnelle des minorités culturelles de la région, voilà la mission de l’organisme. C’est à la Galerie d’art Cookshire-Eaton que l’organisme a décidé de tenir son évènement, le samedi 9 novembre, dans le but de célébrer les travailleurs étrangers temporaires présents sur le territoire du Haut-Saint-François et œuvrant dans le secteur agricole. 

Provenant des pays d’Amérique latine, ils sont nombreux à avoir mis leur vie entre parenthèse, le temps d’un permis de travail, pour travailler dans nos exploitations agricoles locales telles que nos sapinières. 

« Comme société, on est redevable aux étrangers qui viennent travailler sans répit pour nous permettre d’avoir un panier d’épicerie abordable et de qualité », rappelle Michaël, agent de projet chez Actions interculturelles. Et c’est d’ailleurs pour cette raison que l’organisme s’est engagé à célébrer, mais surtout, reconnaître le travail accompli depuis le début de l’année. 

Cerfs

Citrouilles et sapins recyclés pour les cerfs

Léopold et Anne-Sophie se font des amis, les cerfs rouges, à la Ferme Boucherie le Sabot d’Or.

La Ferme Boucherie le Sabot d’Or peut recycler vos citrouilles. Les propriétaires Jacques et Arianne invitent la population à venir nourrir leurs cerfs rouges avec des citrouilles et autres légumes.

« C’est une activité amusante pour les enfants qui peut être jumelée à une visite éducative de la ferme », ont-ils fait valoir au Journal.

« Il est possible pour les gens de venir gratuitement en visite libre ou de prendre la visite guidée qui est payante. La visite guidée dure une heure à une heure et demie. Nous faisons la tournée des animaux de la ferme avec une chaudière de moulée pour les nourrir en donnant un maximum d’informations et d’anecdotes drôles», ajoute Arianne Caron. 

L’activité des citrouilles se fait après l’Halloween et aussi longtemps que les gens auront des citrouilles et autres légumes. « Ils peuvent venir pour les donner ou juste voir les animaux. Après Noël, nous récupérons aussi les sapins naturels dont les cerfs raffolent. » 

Au tour de l’UPA-Estrie de rejeter le plan de financement 

Jonathan Blais, président des Producteurs et productrices acéricoles de l’Estrie.

Après le syndicat local du Haut-Saint-François, c’est au tour de la Fédération de l’UPA-Estrie de dire non au plan de financement proposé par la confédération. Ce plan proposait une augmentation de 120 $ de la cotisation en 2025, pour un total de 932 $.  

Année20252026202720282029
Cotisation individuelle 466 $ 476 $ 486 $ 496 $ 501 $ 
Augmentation + 60 $ + 10 $ + 10 $ + 10 $ + 5 $ 
Cotisation entreprise    932 $   952 $  972 $  992 $ 1002 $ 
Augmentation + 120 $ + 20 $ + 20 $ + 20 $ + 10 $ 
Plan de financement de l’UPA 2024-2029 

Lors de son AGA tenue le 18 septembre dernier, le syndicat du HSF fut le premier de l’Estrie à se prononcer contre le plan proposé par la maison-mère de l’UPA. Par la suite, d’autres cellules locales avaient exprimé leurs réticences. 

Celles-ci furent de nouveau soulignées lors de l’AG régionale de l’UPA-Estrie, tenue ce mercredi 23 octobre au Club de Golf Sherbrooke. Pour défendre son plan de financement, l’UPA, basée à Longueuil, était représentée par son 1er vice-président, Paul Doyon.   

Celui-ci concède que « cette année, ç’a été la pire où est-ce qu’on a dû faire toutes les acrobaties pour arriver avec un budget qui avait une espèce de bon sens. » Les scénarios envisagés comprenaient une augmentation de 120 $ de la cotisation ou « le licenciement de six employés ». 

Pris à la gorge 

C’est cette somme totale qui apparait élevée aux yeux de Claude Erb de la Ferme Erb à Magog et représentant des fermes de proximité de l’Estrie. « L’année dernière, on s’est battu contre le gouvernement parce qu’il nous mettait tant de pression qu’on n’en pouvait plus. Cette année, c’est la confédération [de l’UPA] qui nous met de la pression encore plus. Quelque part, le timing est vraiment pas bon. » 

L’acériculteur de La Patrie Jonathan Blais a gradué en production laitière en 1993. Trente ans plus tard, c’est au tour de l’un de ses fils de terminer ses études. « Il est bon dans ce qu’il fait, il est premier de classe. Mais je lui ai dit : ‘Viens-t’en pas icitte. Va suivre un cours d’opérateur de machinerie lourde.’ […] On est rendu là », à devoir se prévoir un second emploi, tant les emplois agricoles traditionnels rapportent peu. « Ça passe pu. On y arrive pas. » 

Chaque cinq ans, l’UPA adopte un nouveau plan de financement afin de financer ses services aux membres. Le prochain plan de financement 2024-2029 est actuellement présenté aux producteurs et productrices du Québec qui votent pour son adoption ou son rejet. Les délégués régionaux prendront ensuite position sur le nouveau plan de financement lors d’un congrès provincial à Québec en décembre. 

De gauche à droite : Paul Doyon, 1er VP général de l’UPA; Michel Brien, président régional UPA-Estrie; Etienne Frémond, directeur régional UPA-Estrie. Crédit : UPA-Estrie

50 ans pour Aménagement forestier des Appalaches 

Crédit photo : Aménagement forestier coopératif des Appalaches

Malgré le début de la saison de la chasse à l’orignal, l’Abri-bois de La Patrie grouillait de gens venus souligner les 50 ans d’Aménagement forestier coopératif des Appalaches (AFCA) le 28 septembre dernier. Le groupement a tenu son assemblée générale annuelle en avant-midi, avant que la journée ne se poursuive avec des activités et des compétitions amicales de sciotte, de clou dans la buche et de godendart. Fait à mentionner, cette dernière épreuve a été remportée par deux septuagénaires! 

La Patrie se mobilise 

Bien qu’AFCA ait son bureau principal à La Patrie, la majorité des 19 municipalités de son territoire est située dans la MRC du Granit. Néanmoins, c’est la mobilisation des gens de la communauté de La Patrie qui a mené à la fondation de la coopérative, il y a 50 ans.  

À ce moment, plusieurs municipalités rurales font face au même problème : l’abandon des fermes et l’exode rural. Il y a également beaucoup de pillage de bois sur les lots abandonnés. 

« Les pilleurs de lots étaient très dérangés par la philosophie d’aménagement du groupement. […] Ils contrôlaient l’offre sur le marché et nous sommes venus influencer les cartes », se rappelle Robert Proteau, premier directeur général d’AFCA.  

Face au pillage et à l’abandon des terres, le comité de développement économique de la paroisse de La Patrie se forme. « On voulait créer des fermes forestières, des unités de production pour remplacer les agriculteurs qui s’en allaient », indique Marius Blais, l’un des fondateurs du groupement.   

En 1974, AFCA est le premier groupement forestier en Estrie et seulement que le quatrième dans la province. Si le but premier est de permettre aux propriétaires de lots boisés de vivre de leur propriété, aujourd’hui, la valeur de ces mêmes lots ne le permet plus. La clientèle a beaucoup changé et les besoins aussi. « Aujourd’hui, le groupement forestier donne des services surtout à du monde de la ville qui achète des lots en campagne », confie Marius Blais, à qui on a rendu hommage pendant la journée.  

Tournée vers l’avenir 

La coopérative est dirigée par Nicolas Fournier depuis 2020. Celui-ci a commencé à y travailler il y a 25 ans, alors qu’il n’était âgé que de 20 ans. Il a pu autant vivre le débardage avec des chevaux que la mécanisation des opérations de récolte. Sous sa gouverne, l’AFCA s’est doté du Centre acéricole, qui permet entre autres de bouillir l’eau d’érable des producteurs, en 2021. 

Malgré une diversification de ses activités en vue d’affronter l’avenir, le 50e d’AFCA aura servi à « mettre l’emphase sur l’historique du groupement forestier. […] Ce qu’on a organisé, c’était vraiment pour les anciens, les fondateurs », assure M. Fournier.  

« Il y a un mouvement vers la coopération de plus en plus. On pense que ça perd de la vitesse. Mais c’est prouvé que la coopération mène toujours plus loin qu’une organisation inc. Une coop, ça n’appartient à personne, mais à tout le monde. » 

À l’extrême gauche, les frères Gilles et Gaston Langlois portent leur médaille d’or, aux côtés de Robert Proteau et de leurs plus jeunes compatriotes. Leur « meilleure technique de coupe » leur a permis de se démarquer. Crédit photo : Aménagement forestier coopératif des Appalaches
Jean-Paul Gendron

La Régie dit oui au projet du Syndicat

« On est tous des passionnés », selon Jean-Paul Gendron.

Après deux tentatives par le Syndicat des Producteurs forestiers du Sud du Québec, la Régie des marchés agricoles et alimentaires a approuvé le 9 septembre dernier son projet de mise en marché collective du bois de sciage.

« La décision rendue par la Régie vient récompenser plus de sept ans de mobilisation et d’efforts des producteurs forestiers du Sud du Québec », a dit André Roy, président du Syndicat et militant pour le projet depuis son début. « Cette victoire leur permet maintenant d’espérer des conditions de mise en marché dignes de ce nom, et aussi, leur juste part des profits générés par la filière. »

Le règlement adopté par la Régie permettra une mise en marché collective pour la vente des billots de sapin et d’épinette. Le but est d’avoir le même prix de vente dans toute la région pour égaliser le marché entre les gros producteurs comme Domtar et les petits producteurs, souvent des propriétaires individuels de forêt privée.

Cette gestion de l’offre serait alors semblable à la mise en marché collective du sirop d’érable, gérée par les Producteurs et productrices acéricoles du Québec, ou du lait, gérée par les Producteurs de lait du Québec.

Mais l’initiative du Syndicat du bois n’a pas fait unanimité depuis son début, avec une contestation de la part du Conseil de l’industrie forestière du Québec, qui représente les intérêts des entreprises de sciage, les acheteurs de bois, ainsi que de la part de certains gros producteurs.

Aussi, selon Jean-Paul Gendron, président de l’Agence de mise en valeur de la forêt privée de l’Estrie, certains groupements forestiers ont aussi exprimé leur désaccord avec le projet de mise en marché collective. Les groupements forestiers autour du Québec offrent des services clés en main pour la coupe et production du bois des propriétaires de forêt privée.

« Ils sont liés au Conseil contre le projet du Syndicat », selon M. Gendron. « Mais historiquement les groupements étaient des partenaires du Syndicat. »

Selon le communiqué émis par le Syndicat au début octobre, la Régie a fixé le 1er mars 2025 pour l’entrée en vigueur des modifications au régime forestier dans le Sud du Québec. Le Syndicat et le Conseil doivent s’entendre sur une convention de mise en marché, incluant les catégories de produit, les prix associés, le mécanisme d’ajustement de ceux-ci, et les modalités liées au mesurage.

Le Conseil « conteste une décision similaire rendue cet été par la Régie en faveur d’un Syndicat d’une autre région devant la Cour supérieure du Québec » selon le communiqué.

En entrevue, M. Gendron a reconnu la complexité du sujet, les différents organismes impliqués avec des territoires qui chevauchent, la difficulté pour le public à suivre et les obstacles à une entente entre tous les acteurs.

La récolte de raisin va bon train chez Cépages des prés

« On n’a rien à envier à l’Ontario », se targue Mario Langevin. Le propriétaire du vignoble Cépages des prés connait sa meilleure saison à date. « Le plant qui vieillit plus les températures clémentes, ça fait un mariage parfait cette année pour une production record. »

L’aventure de Cépages des prés a débuté en 2019. Il s’agit donc de la sixième saison de production du vignoble, dont les plants commencent à atteindre la maturité. On en compte 7000, répartis sur une surface de 1,3 ha.

« Quand j’ai commencé ici, ils disaient : “Tu vas toujours produire plus bas que l’Ontario” », se remémore M. Langevin. « Mais je crois qu’on va être égal à l’Ontario chaque année. C’est à cause du sol. C’est du sable ici en dessous. T’as un pied de sol arable, puis ensuite de ça, c’est soit du roc ou du sable. »

La parcelle de terre située aux abords de la route 253 à Cookshire-Eaton est un ancien champ de pommes de terre de la famille Dionne. La particularité du sol permet un rendement d’une douzaine de tonnes de raisin à l’hectare. Ajoutons à cela une couverture de protection sur les vignes l’hiver.
« Sinon, l’hiver est trop dur », indique Brigitte Robert, partenaire de Mario Langevin.

« Quand on a du -30 °C puis qu’il n’y a pas beaucoup de neige, ça se peut qu’il y ait des plants qui gèlent. » C’est là où les toiles de géotextile blanc viennent sauver la mise. Il s’agit d’une technique similaire aux couvertures de protection que certains utilisent pour leurs platebandes. Rien de surprenant pour Mario Langevin, qui est paysagiste de profession.

Brigitte Robert est informaticienne de profession. Le vignoble est un projet de retraite.

Lors de notre passage, Brigitte et Mario en étaient à récolter leur cépage seyval. Cette semaine, ils en seront au vidal. Leur production est vendue à des producteurs de vin québécois qui l’utiliseront pour assembler du vin blanc ainsi que du vin de glace.

Le seyval a été récolté à la fin septembre. Le vidal, de son côté, le sera ces jours-ci.
Sols

Un été pour nourrir humains, bêtes et sols

En descendant : Géneviève Régimbald, Marie-Antoine Roy et Chloé Boucher-Ravenhorst démontrant une belle santé de sol.

Il y a de la joie sur beaucoup de fermes cette année, non seulement pour la bonté d’un été idéal pour la culture, mais aussi pour la santé de certains sols bien nourris. « Cette année, c’est une année de pas vu » selon l’agriculteur Marie-Antoine Roy, 71 ans, lors d’un atelier sur les sols organisé par le ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec. (MAPAQ) à la Bergerie du Maple Leaf, situé près de Sawyerville, le 13 septembre dernier. « Ça a été exceptionnel. On a fait des foins de la première coupe du 29 de mai au 4 juin », a-t-il dit à une quinzaine de personnes venues présenter et apprendre sur la productivité de nos terres.

M. Roy venait de sortir quelques minutes auparavant d’un trou d’environ cinq pieds de profond au bord d’un de ses 1000 acres de champs. En présence de deux expertes du MAPAQ, il me montrait la qualité développée depuis quelques décennies de son sol, nommé scientifiquement un loam Greensboro par Chloé Boucher-Ravenhorst, qui se trouvait avec M. Roy et moi dans le trou, et Géneviève Régimbald, qui nous surveillait par en haut.

Pour ceux qui sont intéressés à creuser encore plus loin, une recherche Google sur le « Greensboro loam » vous amène en premier lieu à une étude intéressante du Département de l’Agriculture fédéral de novembre 1942 sur les sols des Cantons de l’Est, publiée par le Service canadien d’information sur les sols.

« Garde, ça, ça vaut de l’or », a exclamé M. Roy lorsque Mme Boucher-Ravenhorst a exposé une petite bête à environ 18 pouces de profond, au bord du trou. « Parce que, un ver de terre, c’est eux autres qui creusent », a ajouté M. Roy.

« Ça vaut de l’or parce qu’après c’est une autoroute pour les racines, pour l’eau qui descend… », a ajouté Mme Boucher-Ravenhorst.

« Il peut aller jusqu’à trois mètres dans le sol », selon Mme Régimbald.
Mais le premier point exprimé par les experts sur la qualité des sols était concernant les racines. « Il faut avoir des racines vivantes le plus longtemps que possibles dans le sol », a expliqué Mme Boucher-Ravenhorst.

M. Roy n’a alors pas labouré le champ qu’on étudiait depuis 15 ans. Il travaille plutôt une surface de quatre pouces et nourrit son sol avec des cultures pérennes comme la luzerne et l’alpiste roseau.
« Quand je suis arrivé ici, c’était une terre de pauvre. Personne ne voulait s’y installer », a dit M. Roy. Maintenant, « on a une très belle qualité de sol parce qu’on l’a travaillé. On l’a nourri.
« Papa a toujours dit; “ce que tu prends du sol, il faut redonner” ».

Le rejet local: l’UPA du HSF dit non aux cotisations

Des fermières et fermiers du Haut-Saint-François ont été les premiers dans la région le 18 septembre dernier à rejeter le plan de financement proposé par la confédération de l’Union des producteurs agricoles (UPA).

Le plan aurait augmenté la cotisation de chaque individu de 60 $ pour devenir un montant de 466 $ en 2025 ou le double, 932 $, pour une entité agricole. Les montants auraient augmenté encore plus d’ici 2029.

Chaque ferme enregistrée avec le ministère de l’Agriculture doit obligatoirement payer cette cotisation.

Le rejet local à Cookshire s’est fait par les membres, majoritairement des petites fermes, du Syndicat local de l’UPA du Haut-Saint-François lors de son assemblée générale annuelle (AGA).

« J’adhère avec le fait de diminuer ce montant-là, pour le principe du respect des petites fermes », a dit Marypascal Beauregard, propriétaire d’une ferme à Newport, lors de l’assemblée.

« Je préfère voter en bloc contre le plan de financement parce que ce qui manque, c’est qu’il n’y a pas de plan de redressement », a dit Dominique Gravel, propriétaire de la Ferme Évolution à Bury. « Je trouve que le raisonnement de dire que le coût de vie a augmenté par 20 % fait qu’on augmente par 20 % les intrants… nous, on n’a pas ce loisir-là. Toutes nos dépenses ont augmenté. On n’a pas été en mesure de refléter ça directement un pour un dans les prix de vente. »

Le directeur régional de l’UPA, Etienne Frémond, avait présenté le plan de financement proposé par la confédération, qui demande l’appui par résolution des syndicats locaux et ensuite la Fédération de l’UPA-Estrie lors de son AGA le 23 octobre prochain.

M. Frémond a cité des coupures faites dans le budget de la confédération et expliqué que l’augmentation visait à éviter une diminution d’autres services aux membres.

En entrevue téléphonique après l’AGA, le président de l’UPA du Haut-Saint-François, Bernard Lapointe, a dit : « Je me relie à l’opinion de mes membres. »

Depuis la réunion à Cookshire, l’UPA de Memphrémagog a aussi voté contre le plan de financement, Granit a proposé des modifications et Frontenac s’est abstenu, selon la conseillère aux communications de la Fédération de l’UPA-Estrie, Valéry Martin.

Transparence : L’auteur de cet article est membre de l’UPA du Haut-Saint-François et propriétaire d’une petite ferme à Newport, mais ne s’est pas exprimé ni voté lors de l’AGA.

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St-Isidore

Terre libre de Saint-Isidore reçoit 114 000 $ de financement

Des membres de la famille Pouliot et de Terre libre en présence des élus municipal et fédéral : de g. à d., Germaine Pouliot, Émile Pouliot, le maire André Perron, la députée Marie-Claude Bibeau, Claire-Marie Laplante, Marc-Sylvain Pouliot, Patrick Brodeur et Diane Pouliot.

L’organisme Terre libre, membre de la Coopérative les Jardins de Victoria à Saint-Isidore-de-Clifton, a reçu ce mois-ci une importante aide financière du gouvernement fédéral dans la poursuite de leur sauvegarde des terres agricoles et de l’ancienne ferme Bégin-Pouliot.

Le financement de 113 941 $ du Fonds des infrastructures alimentaires locales, annoncé par la députée Marie-Claude Bibeau, aux Jardins de Victoria sur le rang 9 au début août, permet dans l’immédiat la production d’aliments pour Moisson Haut-Saint-François.

Déjà, plus de 300 livres de concombres et d’autres légumes avaient été livrés à la banque alimentaire à East Angus lors de la conférence de presse. Environ 450 plants de tomates, 100 plants de tomates cerises et 100 plants de poivrons poussaient à bon rythme dans la serre de 3000 pieds carrés, financé par le Fonds fédéral.

Le financement contribue aussi aux investissements dans une chambre froide, un puits artésien, un tracteur et ses attaches et l’agrandissement des parcelles de terre en production. Terre libre loue ses terres de la Coopérative les Jardins de Victoria, elle-même l’évolution de la ferme originale sur le 9e rang, défrichée par Victoria Bégin et Louis Pouliot à partir de 1910.

« Les descendants de Victoria et Louis se sont succédé pour cultiver et entretenir la terre familiale. Ce sont trois générations qui ont vécu de la terre et qui lui ont donné différentes vocations » selon le site Internet des Jardins de Victoria.

Mais vivre de la terre sur une petite ferme familiale n’est plus ce qu’il était. « On était tanné de perdre de l’argent », dit le descendant Marc-Sylvain Pouliot en entrevue lors de l’annonce du financement le 9 août. Marc-Sylvain et sa famille opéraient un jardin maraîcher avant de créer la Coopérative en 2011.

« Tout le noyau familial a embarqué dans ce projet », a dit Diane Pouliot, soeur de Marc-Sylvain. Justement, plusieurs membres louent maintenant des parcelles de terre de la Coopérative. « Mais il y a de l’ouverture pour de nouveaux membres… et pour beaucoup de projets. »

Terre libre est aussi membre de la Coopérative. L’organisme à but non lucratif a été créé en 2007 pour « préserver la terre pour les générations futures », de dire Mme Pouliot en entrevue; et « à la suite du constat de la dégradation du domaine agricole au Québec et de la nécessité de rapprocher les gens de la nature et de l’abondance qu’elle nous offre » selon le site Internet de Terre libre.

L’organisme se définit comme un projet de Fiducie d’utilité sociale agricole (FUSA) « visant à faciliter l’accès à la terre pour des projets d’agriculture à l’échelle humaine ». Au terme des démarches, la ferme originale de 200 acres de Victoria et Louis appartiendra alors à une fiducie établie par Terre libre en collaboration avec l’organisme québécois Protec-Terre.

« En établissant une FUSA, la propriété de la terre n’est plus détenue par une personne, mais par une entité à but non lucratif qui doit apporter des avantages à la communauté. Les FUSA contribuent à prévenir la spéculation foncière en garantissant que les terres demeurent réservées à l’agriculture, en préservant les écosystèmes et en générant des bénéfices à long terme pour la société » selon le site Internet de Protec-Terre.

Plusieurs petites fermes du Haut-Saint-François cherchent leurs propres solutions pour la viabilité et la pérennité. Aux Jardins de Victoria et Terre libre, les démarches, complexes qu’elles soient, portent fruit.

Un roc, un pic, un cap ? Non, une péninsule forestière !

Faire de la forêt une priorité est un combat de tous les jours pour Jean-Paul Gendron, président de l’Agence de mise en valeur de la forêt privée de l’Estrie. « Il faut que la culture forestière imprègne le discours politique et les aspirations sociales. Il faut que les gens soient fiers de leur forêt. »

Qu’on se le dise, aux niveaux technique et économique, la forêt se porte passablement bien dans le Haut-Saint-François. La MRC est la deuxième région estrienne en termes de production et de superficie boisées, après sa voisine du Granit. Des entrepreneurs, transporteurs et transformateurs des produits du bois ont leurs installations à même la région ou tout près. Néanmoins, il manquerait la «petite coche» de plus. Que la forêt devienne un enjeu stratégique porté par nos élus.

En faire une priorité
Depuis l’abolition des Conférences régionales des élus (CRÉ) en 2016, M. Gendron n’a pas retrouvé la préoccupation de mettre la forêt de l’avant. Il constate que, même du côté de la Table des MRC de l’Estrie, la question ne fait pas partie des enjeux stratégiques de la région au niveau des ressources naturelles. Il estime que les producteurs, agriculteurs et forestiers pouvaient faire valoir leurs points à l’époque des CRÉ. Aujourd’hui, seule une poignée d’élus locaux sont sensibles à la cause.

« Comment ça se fait que le bois comme matériau et que la forêt qui le produit ne reçoivent pas plus de reconnaissance et de noblesse ? », se désole Jean-Paul Gendron. Celui-ci s’étonne toujours que le matériau ne soit pas systématiquement inclus dans la construction des nouveaux bâtiments publics, comme le Centre communautaire de Johnville. Même étant une région forestière, le Haut-Saint-François traine de la patte face à d’autres endroits de la province et d’outre-mer. Bien qu’en retard, même la Ville de Sherbrooke s’apprête à mettre en application la Charte du bois du ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs pour accroitre l’utilisation du bois dans la construction.

Outre ses avantages esthétiques et même psychologiques, les intérieurs et structures en bois contribuent à la lutte aux gaz à effet de serre en séquestrant, ou conservant, une grande quantité de carbone. Il s’agirait simplement d’une mentalité ou d’un réflexe à adopter.

À la hausse
Cette meilleure intégration du bois dans notre quotidien passe aussi par un meilleur accès à la matière. Aux yeux de M. Gendron, il y a un dysfonctionnement de la gestion de la forêt privée. À l’heure actuelle, une forme d’embourgeoisement prend place dans les campagnes. On note une augmentation du nombre de retraités qui s’achètent un lot, se construisent une propriété et font augmenter la valeur foncière des environs.

Bien que l’occupation du territoire et la revitalisation des régions sont loin d’être mauvaises en soi, il demeure qu’une pression supplémentaire est mise sur les jeunes qui aimeraient également être propriétaires terriens. Un lot boisé de qualité passable débute aux environs de 1000 $ par acre. Un jeune sortant des bancs d’école ne peut envisager sérieusement d’acheter de grandes superficies et de vivre de l’exploitation forestière.

C’est pourquoi se dessine la tendance des petites superficies dans le domaine agroforestier. On peut penser au Jardinier déchainé à Cookshire-Eaton ou encore aux Maraîchers de l’or vert à Sawyerville comme exploitations sur petites surfaces à succès.

Pas juste pour bucher
Sinon, parmi les propriétaires de petits lots boisés, une majorité en possède par pur plaisir, pour raisons récréatives. L’exploitation ou la rentabilisation de leurs terres ne viennent qu’en bout de ligne de leurs valeurs et intérêts. Il n’en demeure pas moins que le bois récolté à l’heure actuelle ne représente que la moitié du volume qui pousse annuellement dans les forêts estriennes. Une grande part de capital dort en quelque sorte au lieu d’être utilisée comme levier économique.

Les débouchés se font aussi de plus en plus nombreux. Si l’on pense à la forêt «mécanique» qui produit du bois destiné aux scieries, la forêt agricole, et même chimique, commence à poindre le bout de son nez. Un récent inventaire réalisé par Cultur’Innov démontre que le Haut-Saint-François possède un potentiel fort intéressant en termes de produits forestiers non ligneux (PFNL) comme les champignons, noix et fougères. De même, des entreprises comme Enerkem à Westbury développent des biocarburants à partir de poteaux usagés et de matières résiduelles.

©2026 Journal Le Haut-Saint-François