Minicarottes

La minicarotte et le bâton

Un texte de Claude Erb, producteur maraîcher de Magog
Représentant des fermes de proximité de l’Estrie – Fédération de l’UPA-Estrie

Le premier ministre, François Legault, annonçait un investissement de 5 M $ pour produire des minicarottes au Québec. Nous, les petits producteurs, avons reçu un coup de bâton en pleine face encore une fois.

Que l’entreprise Produits frais FMS (un des plus grands producteurs agricoles du Québec) investisse 25 M $ pour une usine de conditionnement et d’emballage de carottes, au lieu de les importer des États-Unis, c’est une très bonne chose et on ne peut que s’en féliciter.

Mais j’aimerais savoir d’où va venir la main-d’œuvre, sachant que les usines de transformation alimentaire vont devoir baisser la proportion des travailleurs étrangers de 30 à 20 % et que selon le taux de chômage (si supérieur à 6 %) on passera à 0 % de travailleurs étrangers.

Monsieur Legault nous dit de venir le voir avec nos projets d’expansion et de diversification et qu’il va nous aider. Après l’année catastrophique de 2023, on a demandé de l’aide et on n’a rien eu. Au lieu de penser à se développer, certaines fermes essaient de survivre ou de se consolider. Imaginez encore une fois, le nombre de petits producteurs qu’on aurait pu aider avec 5 M $.

L’agriculture au Québec est composée de fermes, de toutes productions et de toutes tailles. Cette diversité fait la richesse et la force de notre province et tous les acteurs sont importants. On aimerait que notre gouvernement ait un plan d’avenir et une vision à long terme, être proactif et ne pas réagir en mode panique ou par peur.

Nous autres, les petites fermes locales, sommes en première ligne pour répondre en partie à l’autonomie alimentaire. Il y a un gros travail à faire dans l’éducation des consommateurs, parce qu’une carotte croche ou fendue (qu’on va tailler mécaniquement pour faire une minicarotte) goute quand même la carotte.

Il nous faut, tous ensemble, lutter contre le gaspillage alimentaire du producteur au consommateur et c’est possible très facilement juste en changeant quelques habitudes.

Le cas de Guitabec : la gestion d’un sujet chaud

La tête d’une guitare de marque Godin. Photo provenant de l’entreprise

On accuse le journal de publier des « commérages de perron d’église », et le professionnalisme de notre journaliste, Jean-Marc Brais, est attaqué au sujet de notre article la semaine dernière sur l’avenir des usines de Guitabec à La Patrie. Notre première publication à ce sujet suivait une semaine d’enquête par M. Brais, par téléphone, par courriel, sur Internet et sur le terrain, en personne, à La Patrie. Son travail et la crédibilité du Haut-Saint-François à travers la région parlent d’eux-mêmes, mais je vous offre ici quelques aperçus pour aider à mieux comprendre et pour corriger les accusations.

Les gens de La Patrie et de la région se questionnent depuis un certain temps sur l’avenir des usines de Guitabec, et on nous a demandé récemment pourquoi on ne s’intéressait pas à cette question. M. Brais l’a alors abordée, en commençant par contacter l’usine de La Patrie. On lui a dit que les gens de l’usine ne pouvaient pas répondre à ses questions et qu’il devait plutôt s’adresser à la direction de l’entreprise à Montréal. M. Brais l’a fait une dizaine de fois en sept jours ouvrables, sans réponse. Il a enregistré ses messages. Il a aussi continué ses recherches sur le terrain.

Peut-être le sujet est-il délicat ? La gestion d’une entreprise d’envergure internationale, avec des installations dans des petites communautés comme La Patrie, doit impliquer des enjeux parfois difficiles, en termes de main-d’œuvre, tarifs américains, perception de la communauté et plus. On peut comprendre que ce n’est pas évident de gérer les communications autour de ces enjeux. On peut aussi comprendre le milieu local, sa fierté envers une entreprise, ses espoirs de préserver des emplois et une institution centrale.

D’où les questions qui circulaient. Et d’où l’importance de bien communiquer, par l’entreprise, par la communauté, les employés, et par le journal communautaire. Sans communications saines et ouvertes, les doutes, les peurs et la confiance se dégénèrent.

Après notre publication sur Internet le 31 mars, la direction de l’entreprise ne nous a toujours pas contactés, mais a émis un mémorandum à ses employés à l’effet que notre article constitue des « commérages de perron d’église » et qu’elle est « surprise » de la nouvelle.

L’article a fait fureur, attirant une attention hors norme comparativement à nos publications régulières; aussi des critiques inhabituelles, incluant cette réaction si ancienne et simpliste de tirer sur le messager.

Radio-Canada s’est ensuite intéressée à l’histoire et a fait un suivi. À notre grande surprise, leurs journalistes ont réussi à parler au responsable de l’entreprise à qui nous avons laissé tant de messages.
La question demeure : pourquoi ne nous a-t-il pas répondu ? Si les usines ne ferment pas, c’est une simple et heureuse réponse à donner, n’est-ce pas ? Nos lecteurs aimeraient bien l’entendre. C’est dommage qu’on ne nous offre pas ce respect, au journal local, et à son journaliste professionnel qui est maintenant attaqué, d’offrir cette réponse qui aurait été si simple à donner.

L’intérêt et la sensibilité autour de notre article parlent peut-être aussi fort que la version des faits que nous avons pu déterminer avant publication. Jean-Marc Brais a bien fait ses recherches et est même allé au-delà pour pouvoir répondre aux questions qui circulaient quant à l’avenir de cette institution importante. Que les porte-paroles de cette institution ne soient pas disponibles pour répondre à nos questions n’aide évidemment pas la communauté à comprendre des évènements qui l’affectent. Un moment donné, le messager, qui est le journal communautaire, doit publier les faits au meilleur de sa connaissance, ce que nous avons fait par Internet en premier, selon ma décision, et que nous continuerons à faire.

nerprum bourdaine

Une forêt ravagée par le nerprun

Je suis parfaitement d’accord avec M. Robert qui, lors de la parution en mars dernier de ce journal, commentait le peu d’information fait par différents organismes sur les problèmes causés par le nerprun.

Si j’avais su, il y a une trentaine d’années ce que je sais aujourd’hui, ma petite forêt ne serait pas ravagée à ce point. Ce que je sais, je l’ai appris par moi-même. La façon dont cette plante anti-biodiversité se reproduit et les méthodes pour la combattre sont bien documentées sur l’internet, mais demeurent peu connues de la population en général.

Étant créatif, j’ai conçu et je vends régulièrement des outils d’extraction de cette plante. Malheureusement, à moins de disposer d’une équipe, l’extraction n’est viable que sur une superficie limitée. Je suis condamné à en faire la coupe, ce qui est aussi rapide qu’inefficace.

Heureusement, il y a la Semaine d’action contre les espèces envahissantes en mai qui sera je l’espère, soulignée par ce journal, ainsi que par toutes les instances gouvernementales, car ce n’est qu’ensemble que nous pourrons réussir à protéger ce que nous avons le plus cher dans le Haut-Saint-François.

Pierre Ménard
Cookshire-Eaton

NDLR : Merci pour tous les commentaires sur le nerprun, incluant quelques appels téléphoniques, que nous avons reçus. Nous avons aussi appris, la semaine dernière, que Marie-Josée Martel, de l’Agence de mise en valeur de la forêt privée de l’Estrie, travaille de près sur ce problème. Nous publierons un article avec son expertise dans un prochain numéro.

Pour survivre en forêt et sur la ferme

Pendant que nos érablières finissaient d’entailler à la mi-février, on parlait justement d’elles au forum régional sur le développement de notre zone agricole. Les fermes et entreprises forestières étaient les vedettes de ces discussions : on veut les voir réussir et se distinguer.

Elles essaient : exceptionnellement, comparé à d’autres régions, le Haut-Saint-François a vu son nombre d’entreprises agricoles augmenté dans les 20 dernières années. On est aussi reconnu pour la haute proportion de petites entreprises.

Mais petite entreprise égale petit revenu, surtout sur la ferme ou dans la forêt. La moitié des exploitations ici gagne moins de 50 000 $ par année. Aussi, « Le nombre d’entreprises en démarrage (déclarant des revenus de 5 000 $ et moins) a presque triplé depuis 2010 », selon la mise à jour 2024 du Plan de développement de la zone agricole du Haut-Saint-François.

Pour survivre, sans parler de réussir, il faut les aider à augmenter leurs revenus. Ces fermes qui ont des revenus moins de 50 000 $ doivent avoir une ou plusieurs personnes dans la famille, si elles sont chanceuses d’avoir une famille, qui gagnent aussi un revenu hors-ferme. Mais on est grand nombre dans la région à pouvoir témoigner qu’exploiter une ferme et poursuivre un revenu hors-ferme est très difficile.

Pour soutenir ces gens courageux et acharnés, les planificateurs au forum, les Mariane Paré, Robert Roy et autres, parlaient de collaboration, d’entraide, de mobilisation et de synergie entre les acteurs intéressés. Le ton était positif. La rencontre d’une journée au milieu de la semaine a attiré une grande participation, environ 80 personnes.

Mais on ne parlait pas juste de planification. Une rencontre de producteurs agricoles et forestiers, que ce soit formelle ou informelle, couvre toujours des sujets des plus intéressants, en allant de la météo aux morts. Sans le qualifié comme acharné (c’est juste normal), on parle du travail, de la fin de l’entaillage, des naissances au cheptel, de la coupe à la forêt, des voyages de bois; aussi des incidents et des accidents.

L’industrie de la forêt et la scierie se trouve parmi les cinq premières en termes de décès par accident au Québec, selon la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail (CNESST); l’agriculture parmi les 10 premières.

Au forum à Bury, on parlait aussi de la perte d’un collègue récemment, qui n’est pas retourné vivant de sa sortie de coupe de bois. On sait tous comment ça peut arriver si facilement, comme le travail avec les grands animaux, surtout une vache avec son nouveau-né, peut aussi se retourner contre nous.
Dans mon cas, des arbres coupés qui bougent soudainement de façon horizontale m’ont souvent surpris, une fois avec un bon coup à la jambe qui a pris des semaines à guérir. On sait que chaque fois qu’on sort de la forêt sans accident, on est chanceux.

On met aussi la chance de notre bord par des formations : le cours de base sur l’abattage directionnel et de précision, par exemple, offert par le Syndicat des Producteurs forestiers du Sud du Québec, a énormément amélioré mon travail et ma sécurité, malgré plusieurs décennies d’expérience auparavant. Ça n’enlève pas la malchance, mais ça augmente beaucoup la chance.

Et ça parle justement des bénéfices de la collaboration : que les producteurs se sont réunis à l’intérieur d’un organisme, dans ce cas le Syndicat, pour améliorer leur sort, que ce soit par l’offre de formation, par la gestion de l’offre même ou par la planification. Comme lors d’un forum à Bury où on parle d’un meilleur avenir pour nos fermes et nos entreprises forestières.

Vivons-nous dans un monde de licornes ?

Je m’attends à voir revenir aussi les arcs-en-ciel et « ça va bien aller » « la lumière au bout du tunnel ».
Alors que le gouvernement des États-Unis veut nous imposer des frais de 25% sur nos exportations, on entend et on peut lire partout qu’il faut favoriser l’achat local. 

L’agriculture de proximité, ça fait dix ans qu’avec mon épouse, on en fait. Nous sommes maraîchers, avons des poules pondeuses, élevons des poulets et avons des ruches. Tous nos produits sont vendus directement aux consommateurs dans le kiosque à la ferme.

Aujourd’hui, je suis en colère face à cette vague d’hypocrisie et d’opportunisme. Les politiciens veulent renflouer leur capital sympathie sur notre dos, à grands coups de, achetons local, encourageons nos producteurs. 

On l’a vu lors de la pandémie, quand les frontières étaient fermées, beaucoup ont eu peur de manquer de nourriture. C’était l’âge d’or des kiosques à la ferme, certains y ont cru, se sont développés en grand, pour retomber plus bas quand tout est revenu à la « normale ». La nature humaine est ainsi faite que rares sont ceux qui aiment le changement, aussitôt les frontières ouvertes et le spectre de la pandémie éloigné, tout le monde a repris sa vie d’avant.

Je ne blâme personne. Par contre, on nous avait promis de favoriser l’autonomie alimentaire, l’achat local. Bon nombre de fermes ont dû arrêter leur activité faute de clientèle ou se chercher un travail à l’extérieur pour continuer. Nous étions tous révoltés quand le gouvernement a annoncé une aide de 32 millions de dollars pour une ferme qui produit des fraises sous serre. Cette même ferme est en vente pour des problèmes de rentabilité. Combien de petites exploitations agricoles auraient pu être aidées avec cette somme ? Quand le ministère de l’Agriculture donne plusieurs centaines de milliers de dollars à un abattoir qui ferme après à peine un an d’activité, un scandale!

Après la pandémie, on s’est dit, c’est le moment de demander plus d’aide. On a fait des demandes qui sont restées lettres mortes.

Alors oui, j’aimerais bien y croire à cette future vague d’amour pour l’achat local. Le consommateur oublie souvent que c’est lui qui a le pouvoir. Si on a des fraises, des tomates et d’autres légumes à l’année longue, c’est qu’il y a une demande.

Alors oui, on va vous accueillir avec plaisir dans nos fermes avec des produits sains et de qualité.
L’achat local et l’autonomie alimentaire on y croit, mais notre passion et résilience ne suffisent plus. On ne veut plus survivre; on veut vivre de notre métier, et on est fier de ce que nous produisons.

Claude Erb, Magog
Représentant des fermes de proximité de l’Estrie, UPA

Au-delà de l’achat local

La manifestation qui se fait présentement contre l’administration des États-Unis, par le mouvement de ne pas acheter des produits américains, est encore plus pertinente dans le Haut-Saint-François. Nous avons une haute concentration de petites entreprises agricoles. Nous sommes aussi une région de grandes productions forestières, qui dépend beaucoup des ventes aux États.

C’est alors l’heure de l’entraide, de la coopération, de l’appui local. C’est le temps de lire les étiquettes et d’acheter les aliments du Québec, du Canada avec les logos qui nous l’indiquent. Encore mieux, c’est le rappel d’acheter de vos voisins.

Nous encourageons nos épiceries d’acheter les produits de chez nous, ainsi que les quincailleries et magasins de matériaux de construction d’acheter les produits du Haut-Saint-François, du Québec et du reste du Canada.

Nous encourageons les consommateurs individuels aussi d’acheter de ces magasins de chez nous, les IGA, les marchés Bonichoix et Tradition, votre BMR, votre Rona, votre Matériaux Bouchard, la charcuterie à Scotstown, le fromage de Weedon entre autres. Vous pouvez aussi acheter directement du producteur, que ce soit le moulin à bois local ou le producteur agricole avec ses paniers de légumes, ses œufs, son fromage, son miel, ses viandes.

Dans la mission du Journal régional le Haut-Saint-François, qui est un organisme à but non lucratif appartenant à la communauté, nous avons l’objectif de dynamiser l’économie locale. Nous le faisons avec nos mots, l’espace dans le journal et sur notre site Internet, par nos choix de contenu. Nous présentons ici alors quelques idées dans ce sens.

Notre région pourrait bénéficier de plus d’endroits permanents qui rapprochent les consommateurs et producteurs locaux. Il y a déjà un bel exemple d’une telle réussite juste à l’extérieur du Haut-Saint-François. Il s’agit du Marché Beaulieu entre Lennoxville et Waterville, qui offre produits frais, transformés, de boulangerie, des cadeaux et un café.

Le Haut-Saint-François a besoin de semblable : un ou plusieurs marchés permanents pour nos produits surtout agricoles de la région, une mise en marché commune pour nos petits producteurs. L’entrée à la région sur la 108, comme Ascot Corner sur la 112, East Angus près de la 112 et Weedon seraient des endroits idéals.

Nous encourageons le milieu de travailler ensemble vers ce but. Nous encourageons les organismes de financement et de développement local de préparer le terrain et d’appuyer un tel projet, même d’aller chercher les bonnes personnes, pour provoquer l’initiative, que ce soit privé ou en coopérative. Je pense à la CDC, le CLD, la SADC, le Carrefour jeunesse-emploi, le MAPAQ et l’UPA, entre autres.

Le contexte de nos vies publique et privée a changé radicalement en quelques mois : les alliances internationales de sécurité ne sont plus; le président chez nos amis au sud aimerait nous annexer et il essayera de le faire en premier par des pressions économiques; ses alliés au pouvoir contrôlent les principaux moyens de communiquer aujourd’hui, les médias sociaux; son ami en Russie aimerait bien avoir du contrôle chez nous aussi. Nous serions forcés de nous adapter, de s’unir pour faire face à ces menaces, de trouver des moyens de contrer leurs tactiques.

Nos règlements provinciaux et nos barrières à l’échange interprovincial datent de l’ancienne ère où nous avions une sécurité internationale avec nos amis au sud. Aujourd’hui, nous serions forcés à revoir nos propres règlements—les lois de la construction, notre gestion de l’offre, les ordres professionnels, entre autres—dans cette adaptation à la nouvelle réalité. Je crois que c’est maintenant inévitable.

Vaut mieux de faire face, faire ce qu’on peut, au lieu de se laisser contrôler par des gouvernements et pouvoirs que nous n’avons pas choisis.

Où placer les limites ?

Note de la rédaction : Voici le deuxième d’une série d’articles de personnes qui ont vécu l’abus ou la violence conjugale. Le rapport, Justice pour toutes, publié par la Corporation de développement communautaire en 2024, démontre un taux élevé de tels problèmes dans le Haut-Saint-François. Les détails de ce témoignage ont été modifiés et l’anonymat offert aux personnes impliquées, pour leur protection.

Je pense souvent que ces problèmes se faufilent dans la vie. Si je suis juste avec moi-même. Je ne l’ai pas vu venir. On ne le voit jamais, j’imagine. Même, si je suis juste avec lui, je ne pense pas qu’il était lui-même conscient, je ne pense pas qu’il voulait être pareil.

On nous dit de surveiller les signes. Mais c’est vraiment difficile. Tout est beau au début. Il semblait être une bonne personne. Je ne suis toujours pas certaine qu’il ne le soit pas.

Ça me fait penser à ma grand-mère. Mon grand-père l’abusait. C’est une amie qui l’a sorti de cette violence. Mais dans ses derniers jours, ma grand-mère l’appelait quand même, des décennies plus tard.

Dans mon cas, j’avais peur, mais l’abus n’était pas physique. Quand qu’on était stressé, et isolé pendant la Covid, il devenait parfois insultant. Il avait des exigences sur mes façons de faire, comme laver la vaisselle. Il n’aimait pas ma façon et il disait que c’étaient ses vaisselles aussi alors il avait le droit de s’attendre que je le rende heureux.

Il était pire dans nos arguments. Il me disait que je n’étais pas bonne dans ce que je faisais. La vaisselle, les repas, la maison.

J’essayais toujours de calmer la situation. Mais une fois je n’en pouvais plus. Je me suis levée de la table et je suis allée à la salle de bain pour m’en sortir. J’ai claqué la porte. Il m’a suivi. « Si tu veux qu’on se batte, je casserai cette chaise sur ta tête », qu’il a dit dans ma face.

Il ne m’a pas touché, mais ça a brisé quelque chose en moi. Je me suis évadée dans l’autre pièce, et j’ai pleuré. Il est venu me voir éventuellement pour s’excuser et essayer de me réconforter.

On a essayé de réparer. On est allé en thérapie de couple. Il y avait une bonne partie de moi qui voulait me convaincre qu’on pouvait passer à travers. Même dans ces situations, on veut voir le bon dans l’autre. On veut rester accrochée sur le rêve, croire qu’il arrêtera, qu’on peut toujours être heureuse, qu’on peut tolérer un mauvais côté de l’autre de temps en temps.

Peut-être il y en a qui peuvent. Et pas seulement les femmes. J’ai vu des femmes être assez sales envers leurs conjoints. Mais ils restent ensemble. Je me demande comment qu’on peut savoir où mettre la limite.

Dans mon cas, c’était quand il m’a sérieusement menacé. On était dans un autre argument, peut-être un an plus tard. J’ai répondu à ses insultes. Il n’aimait pas ça. Il s’est levé et m’a dit, « Si jamais tu me parles encore de même, tu vas le regretter ! » J’ai demandé ce qu’il voulait dire, et il m’a seulement dit : « Tu vas voir ! ».

Ça m’a fait peur. Mais j’étais capable de savoir que je ne voulais pas vivre avec ça, j’étais capable de lui dire que je voulais qu’on se sépare. Il a reconnu qu’il est allé trop loin et quelques jours plus tard, il s’est excusé pour ses insultes. Mais pas pour la menace. Nous nous sommes séparés quelques mois plus tard.

J’étais chanceuse de m’en sortir sans violence physique. Mais les blessures au cœur prennent beaucoup de temps à guérir, et j’ai de misère à faire confiance aujourd’hui.

relâche

Le Haut-Saint-François: un paradis de plein air et de relâche!

C’est difficile d’imaginer une meilleure place que le Haut-Saint-François pour passer la semaine de relâche. Difficile d’imaginer un meilleur hiver pour profiter encore plus.

Comme jeune, je passais mes journées d’hiver sur la patinoire. Quand j’étais à l’extérieur du village, soit on nettoyait la glace de l’étang pour continuer les matchs de hockey ou on glissait sur la côte dans le pâturage.

Ces années-là, je voulais inventer une côte pour la glissade où, rendu en bas, tu devais simplement pousser un bouton pour que la côte s’inverse et que tu descendes encore. Pas besoin de forcer pour monter la côte.

J’imagine que c’est plus facile d’inventer des jeux vidéo. Mais que ce soit dehors ou à l’intérieur, apprécier les activités libres entre amis ou en famille est toujours meilleur.

Et dans le Haut-Saint-François, le plein air règne. Voici plusieurs idées, parmi tant d’autres, pour occuper vos journées libres de relâche.

  • La Journée plein air du 1er mars à Bury (Journée Natalie Champigny)
  • Les sentiers de raquettes, de skis de fond et de marche, que ce soit au Parc des Deux Rivières, le Parc du Mont-Mégantic ou les multiples autres sentiers dans nos municipalités
  • Les patinoires extérieures
  • Les camps de jour (ex. Ascot Corner)
  • Les cabanes à sucre
  • Les visites de fermes
  • Les activités aux centres équestres
  • Les activités de la Relève du Haut-Saint-François
  • Les bibliothèques dans la plupart de nos municipalités
  • Le concert Bouquet de femmes à Cookshire (le 8 mars)
  • Le spectacle d’Émile Bilodeau à Weedon (le 8 mars)
  • Les soirées Disco patins à Weedon
  • La Tournée des anciens Canadiens de Montréal à East Angus (le 9 mars)

Profitez-en et prenez soin de vous!

Comment ne pas dire adieu aux rêves

On demeure dans un paradis, mais la vie dans le Haut-Saint-François peut aussi être précaire.

Notre collaborateur, John Mackley, explique bien son propre exemple dans sa contribution à ce numéro.
Son vécu est dramatique et illustre comment la sécurité personnelle peut être perdue. Nous lui avons demandé alors d’écrire plusieurs autres articles sur les multiples éléments de son expérience. Nous avons aussi demandé des contributions parallèles de femmes ayant passé à travers des vécus aussi graves.

En publiant ces histoires, nous espérons mettre la lumière sur des phénomènes domestiques qui ne sont pas rares. L’étude de la Corporation de développement communautaire du Haut-Saint-François en 2024, Justice pour toutes, révèle que notre région avait un taux d’agressions sexuelles 2,6 fois plus haut que la moyenne canadienne en 2022-2023.

En devenant conscient de ces problèmes, et les vécus réels, nous espérons qu’ensemble, on trouvera les meilleures solutions, qu’on apprenne à les éviter, et qu’on appuie celles et ceux qui se trouvent dans ces situations à en sortir, encore mieux si c’est avec l’aide de l’entourage et de la communauté.

Mais l’éloignement de l’entourage est justement un ingrédient clé dans le poison qui peut en résulter. Dans le Haut-Saint-François, on est souvent plus loin, on s’éloigne, on peut même facilement s’isoler.
C’est justement l’attraction romantique d’une belle région de plein air, de campagne, de forêt et de nature sauvage. Aujourd’hui, tout le monde « rêve la nuit d’avoir [s]on petit lopin de terre », comme Mes Aïeux nous chante depuis 20 ans.

Dans le Haut-Saint-François, beaucoup parmi nous ont réalisé ce rêve, un bel accomplissement en soi.
Mais tout rêve, comme tout paradis, peut avoir son cauchemar. « You call someplace paradise / Kiss it goodbye », selon la chanson des Eagles en 1976. « The gist of the song was that when we find something good, we destroy it by our presence », a dit l’auteur Don Henley, dans une entrevue avec la revue Rolling Stone.

Parfois, on pourrait dire la même chose non seulement de l’environnement, mais aussi de couples et de familles.

On achète notre petit lopin de terre dans le magnifique Haut-Saint-François. On s’éloigne. On met tout notre argent dans la construction du beau chalet, dans la rénovation de la vieille maison ou dans le projet agricole. On devient plus autosuffisant, ce qui nous éloigne encore. Avec l’éloignement vient l’isolement. Avec l’isolement et les nouveaux stress financiers viennent les conflits. Avec les conflits mal gérés viennent la toxicité, l’abus, peut-être les agressions, la violence.

Tout d’un coup, le rêve est devenu cauchemar. On ne l’a pas vu venir. Il faut comprendre ce phénomène important pour nos proches qui se trouvent dans ces situations : dans la phase de rêver, tout est beau… la personne, la maison, le p’tit lopin de terre. Dans la phase de défis, de stress, de conflits, on ne sait jamais, et c’est difficile à prévoir.

Le Haut-Saint-François demeure ce qu’on fait avec. Espérons qu’on le traite toujours comme un paradis, et qu’on traite ceux qu’on aime toujours comme les trésors qu’elles et qu’ils sont… le couple, les enfants et la famille comme les rêves qu’ils devraient être.
Espérons que notre série d’articles aidera.

opinion

La force du nombre

Monsieur Stevenson,

D’abord, merci de publier votre claire, nette et précise opinion sur la fermeture de la succursale de la BMO à Cookshire.

Je suis agréablement surpris de votre opinion dans votre dernière parution du 29 janvier 2025. Ça m’a permis de constater que dans le Haut-St-François, il y a encore des gens qui prennent position, clairement, pour les personnes qui se sentent abandonnées face aux décisions des institutions financières de fermer boutique pour centraliser leurs opérations dans les grands centres.

Il ne s’agit pas que de décrier une situation, mais de proposer une action concrète. C’est ce que j’apprécie de votre texte, particulièrement.

Si jamais, au Québec, on saisissait l’expression la force du nombre et la mettre en application, les actions prendraient toutes leurs significations.

J’aurais souhaité, Monsieur Stevenson, lire votre opinion à la Une de votre journal.

Merci et souhaite, ardemment, que les utilisateurs personnels et commerciaux ainsi que d’autres éventuels futur clients de la BMO de Cookshire vous lisent et fassent ce que vous proposez.

Daniel Gaudreau
Weedon

Les journaux communautaires mésestimés

À Monsieur François Legault
Premier ministre du Québec

Confrontés à un manque de financement et à un manque de revenus publicitaires, les médias écrits communautaires imprimés sont-ils appelés à disparaître ? Le Gouvernement du Québec s’apprête-t-il à tuer l’information locale ?

Le manque de financement dû à la diminution considérable de l’achat publicitaire gouvernemental semble l’indiquer. En 2022-2023, les journaux communautaires n’ont reçu que 78 776 $ en publicité gouvernementale, ce qui représente 0,02 % de la publicité allouée à l’ensemble des médias au Québec.
37 576 $ en 2023-2024, soit 0,04 % de la publicité gouvernementale. Mais où va donc la publicité gouvernementale ? Elle se dirige vers tout ce qui n’est pas imprimé : la radio, la télévision et, bien sûr, les médias sociaux.

Le gouvernement semble vouloir faire prendre aux journaux un virage numérique sans cependant leur en fournir les moyens. Il faut savoir que ce n’est pas du tout rentable, du moins pas pour l’instant. Plusieurs de nos journaux n’ont pas de site adéquat, ou pas encore de personnel expérimenté pour effectuer des mises à jour régulières.

Et que dire des tarifs de 310,44 $ la tonne métrique que les journaux de format tabloïd devront payer en 2025 à Éco Entreprises Québec ! L’information locale n’est pas une boîte de céréales ou un contenu de jus que l’on met dans le bac bleu. L’information n’est pas de la pollution ! De plus, dans le cadre du Programme d’aide aux médias communautaires pour 2024-2025, la majorité des journaux communautaires ont vu leurs subventions diminuer.

Au cours de la dernière année, cinq journaux communautaires ont mis fin à leur publication. Certains sont en réflexion, à savoir s’ils entreprendront leurs activités uniquement sur le web ou s’ils fermeront tout simplement. D’autres se demandent s’ils seront encore là dans quelques mois. Est-ce qu’il y a encore de la place pour les journaux communautaires au Québec ? Il faut que cesse cette hémorragie !

Nous demandons que le Gouvernement du Québec investisse davantage de publicité gouvernementale dans les médias communautaires; que les journaux communautaires soient exemptés de la taxe sur la récupération; que les subventions gouvernementales dans le cadre du programme d’aide aux médias communautaires tiennent compte de la fragile réalité des journaux communautaires.
Sauvons la presse écrite communautaire !

Joël Deschênes, président
Association des médias écrits communautaires du Québec

Entretien des chemins, Scott

Ralentissez avant la courbe

Entretien du 5e Rang près du chemin Aukland.

Nous prenons nos chemins à cœur dans le Haut-Saint-François.


Avec raison : il faut les aimer pour vivre dans une région parfois isolée, dans des paysages de fermes et de forêts plutôt que de villages et voisins. Il faut souvent conduire une quinzaine de minutes pour acheter une pinte de lait, sans parler du trajet au boulot pour ceux qui ne passent pas une bonne partie de leur journée sur un tracteur.


Le sujet de nos chemins et de la conduite a attiré de loin le plus de lecteurs à notre journal sur internet ces derniers mois. Notre couverture des ronds-points et des changements à venir sur la route 112 en septembre a eu environ 7500 consultations, un accident de moto en août 4700 consultations et un accident de voiture à Saint-Matthias en novembre 6600 lecteurs.


Lors d’une rencontre avec l’équipe du journal cet automne, le député François Jacques était capable, sans hésitation, de nous dire que 17 000 véhicules passent par la 112 dans notre région par jour.
Sur les autres chemins du Haut-Saint-François, on n’est peut-être pas aussi nombreux, mais le trafic a augmenté de façon très remarquable dans les dernières années, surtout pendant les heures de pointe.
On utilise beaucoup nos chemins, on les connaît bien et on a un grand intérêt concernant leur état. D’ailleurs, j’ai presque organisé une célébration nationale quand la route 257 a été recouverte entre La Patrie et Scotstown, il y a quelques années. Maintenant, je ferai peut-être la même quand le chemin Mitchell juste à l’est de Huntingville sera refait, ainsi que certains bouts de la 212 entre Cookshire et Island Brook.


Mais, selon mon expérience, nos chemins du Haut-Saint-François sont généralement bien entretenus. Je demeure dans un cul-de-sac à Newport avec seulement cinq autres résidences à temps plein, mais notre chemin de terre est presque religieusement déneigé, gratté et/ou sablé à 4 h 30 chaque matin, au moins. Lors de mon tour de la région pour la distribution du journal pendant la grève, j’étais toujours accueilli par des chemins bien entretenus, que ce soit la 253 vers Saint-Malo, la 210 et sa « côte à Chabot » à Chartierville ou la 214 entre Scotstown et Bury.


Ironiquement, après avoir commencé à écrire cette lettre, j’ai fait une sortie, ou demi-sortie, de route de la 212 avant Noël. C’était la journée où la pluie devenait de plus en plus en neige, surtout en montant de Sherbrooke à mon chez moi à Island Brook. J’ai commis l’erreur que mon père m’avait enseigné à ne pas faire, il y a déjà 42 ans.


Je calcule que dans toutes ces années de conduite, je dois avoir couvert au moins 1,26 millions de kilomètres, et le pire que j’ai vécu est deux demi-sorties de route; aucune réclamation d’assurance à part de la grêle à Mont St-Hilaire il y a 20 ans et un chevreuil qui a rentré dans ma voiture, aussi avant Noël, au lieu de l’inverse.


Les quelques fois que j’ai perdu le contrôle étaient presque toujours pour la même raison : j’ai ralenti dans la courbe au lieu d’avant. Ce que mon père essayait de m’apprendre, et que le prof de moto a aussi fait plus tard, c’est que le véhicule veut aller tout droit dans une courbe. En freinant ou même simplement en laissant aller l’accélérateur, le véhicule suit moins bien la direction à gauche ou à droite qu’on essaie d’appliquer, surtout en freinant activement.


Dans mon cas en décembre, entre Cookshire et Island Brook, en relâchant la pédale en pleine courbe, mes roues arrière cherchaient à aller tout droit, par en avant… et j’ai perdu le contrôle. La petite Yaris a patiné à droite, ensuite à gauche, peut-être même en pleine pirouette, et finalement on s’est trouvé avec les roues arrière dans le petit fossé et celles d’avant toujours sur l’accotement.


Ça démontre comment on peut toujours apprendre, même après beaucoup d’années et de kilomètres de conduite et même sur des chemins bien entretenus.


(N’est-ce pas aussi symbolique pour la vie, ça, ralentir avant, plutôt que dans la courbe ?)

Merci à tout ce monde qui s’occupe de nos chemins dans le Haut-Saint-François, et bonne année à vous tous et toutes, lecteurs et annonceurs! C’est un grand plaisir et privilège pour nous au journal de vous servir, avec nos informations, notre contenu et l’espace qu’on vous fournit pour vos messages publicitaires.

Tourner une crise en opportunité

Le programme Ose le Haut, de la Municipalité régionale de comté du Haut-Saint-François, vise à attirer et accueillir des visiteurs et nouveaux résidents à la région.

J’irai contre le courant avec une vision différente ici. Souvent, une crise amène aussi de l’opportunité. Dans la région du Haut-Saint-François, à travers le Québec, et nationalement, on risque de vivre une crise économique après le changement de pouvoir chez nos voisins du Sud en janvier.

La nouvelle administration élue aux États-Unis ne s’est pas exprimée très favorable à recevoir nos produits, à échanger avec nous sous nos politiques actuelles ou à recevoir de nouveaux arrivants, que ce soit de chez nous ou ailleurs. Mais, notre économie dépend beaucoup de nos ventes aux Américains, d’où le risque d’une crise économique chez nous.

Selon les analystes, cette nouvelle administration mettra aussi de la pression contre notre système de gestion de l’offre, qui contrôle la quantité de biens ainsi que leurs prix, comme le lait, le sirop d’érable, la volaille et le bois, que nous produisons.

Déjà, notre économie et notre société subissent de pressions importantes : la hausse des prix, le manque de main-d’œuvre et les coûts grandissants de nos services publics, surtout en santé. Proportionnellement, de moins en moins de jeunes doivent épauler le fardeau de notre système de sécurité sociale, qui dessert une population vieillissante.

Nos fermes n’ont pas assez d’ouvriers, les hôpitaux manquent d’infirmiers et de médecins, et nous n’avons pas assez de travailleurs et d’entrepreneurs de la construction pour répondre à la demande criante pour bâtir et entretenir nos logements.

En même temps, sous la nouvelle administration américaine, on s’attend à voir la plus grande déportation d’immigrants dans son histoire. « Les États-Unis sont pour les Américains seulement » qu’une voix en faveur de cette nouvelle administration a dit après les élections.
Pourquoi qu’on ne fait pas le contraire au Canada ?

« Le Canada est accueillant! Le Québec est fort de son ouverture au monde. Ose le Haut ! 
« Mon pays, ce n’est pas juste pour moi. J’ai besoin de mes voisins – les vieux, les jeunes et les nouveaux. »

Non seulement notre économie pourrait éviter le pire d’une crise potentielle, elle pourrait au contraire vivre une nouvelle ère d’essor si on recevait plus de nouveaux résidents venus d’ailleurs. Ce serait plus de personnes à qui vendre nos œufs, notre viande, notre lait, notre sirop d’érable. Ce serait plus de personnes à remplir nos postes en agriculture, en administration, en santé et services sociaux. Ce serait plus de personnes à payer les impôts nécessaires pour financer nos programmes d’aide sociale – qui sont de plus en plus recherchés par notre propre population vieillissante. Ce serait aussi plus de personnes pour bâtir et maintenir nos maisons et appartements.

Malheureusement, le courant populaire voit l’immigration comme un fardeau au lieu d’un atout : comme si de nouveaux voisins occupent nos logements sans contribuer à leur construction; comme si de nouveaux résidents bénéficient de nos programmes sociaux sans y contribuer.

Mais en réalité, qui pensez-vous est plus apte à faire une contribution positive : celui qui est citoyen actuel depuis longtemps et qui reçoit les services de santé, l’assurance chômage quelques mois par année, ses routes déneigées et pavées, sa garderie subventionnée, et qui paie autant qu’il peut en dessous de la table…; ou celui qui arrive d’un pays duquel il préférait partir pour rebâtir une meilleure vie ?
Les différentes expériences vécues ailleurs peuvent amener une grande appréciation pour et un engagement dans nos systèmes et institutions, qui ont maintenant besoin de plus d’appuis.
Au Québec et ailleurs au Canada, nous fermons nos portes de plus en plus à l’immigration. Nous ne pensons pas être prêts, pas avoir assez d’espace, assez d’argent. Dans certains contextes, on peut comprendre. Surtout, c’est clair qu’il manque de logements.

Nous vivons aussi une vague de conservatisme qui aura l’effet de démanteler une partie du filet de sécurité sociale. Si on ajoute la pression qui arrivera de nos voisins du Sud contre notre système de gestion de l’offre, je crois qu’on peut s’attendre à une ère de dérèglementation.

Ce ne sera pas tout mauvais si ça nous permet de créer plus rapidement des logements, plus facilement engager de nouvelles infirmières et médecins, plus efficacement avoir de l’aide sur nos fermes.

Surtout, si nous pouvons nous sentir plus ouverts à recevoir de nouveaux arrivants et citoyens – avec une campagne de préparation à tous les niveaux – peut-être notre avenir économique et social pourrait être plus prometteur.

Opinion du lecteur

D’un « ex » au Journal Le Haut-Saint-François

Monsieur Stevenson, j’ai lu avec un vif plaisir votre opinion de l’édition du 6 novembre dernier. Vous méritez toutes mes félicitations pour la gestion de ce travail collectif. Toutes et tous, vous offrez à la population du Haut-Saint-François, aux organismes municipaux, de développement économique et communautaire, ainsi qu’aux entreprises, de l’information de qualité.

Vous laissez à la collectivité anglophone un espace judicieux, elle qui occupe une place importante dans notre coin de pays. Partager les pages d’une même édition nous permet de rapprocher nos « deux solitudes ». Puis, ce qui distingue un média comme le nôtre des « grands », c’est qu’on y accorde, malgré les restrictions budgétaires, un créneau particulier pour souligner les bons coups des individus. (Il ne reste qu’à rejoindre nos aînés, notre « jeunesse », nos écoliers et nos élèves du HSF pour parler d’eux…)

Vous décrivez clairement sa vocation. Vous y détaillez explicitement la gestion financière et la philosophie que vous entendez y défendre. C’est ce que, comme nouveau directeur général, vous aviez le devoir d’annoncer. Puis, à mon grand bonheur, vous poursuivez l’essence même du travail des anciens collaborateurs de notre bimensuel. Vous semblez y réussir, si je me fie à la qualité des publications. Je constate enfin que vous entraînez votre équipe à maintenir le cap.

Et si, comme vous l’auraient fait remarquer quelques personnes, le Journal « est pourtant mince », on doit répliquer par la responsabilité de tous d’utiliser ses pages. Comme élus imputables, on a le devoir de rendre compte de ses décisions. Comme organismes, on doit parler de ses services. Comme commerçants, on détient le pouvoir de se promouvoir. Et au titre de citoyens, il nous reste à le lire, ce Journal. Puis à consommer chez nous, comme vous le souligniez si judicieusement.

Enfin, si le tirage des quelque 12 000 épreuves de notre publication sensibilisait 12 000 Mrcéennes et Mrcéens, l’économie et le développement régional s’en porteraient mieux (principe de la saucisse Hygrade). Les gens de l’extérieur qui constateraient notre dynamisme n’hésiteraient pas à nous visiter et à s’y établir. (Ça, c’était ma marotte…)

Mes salutations bien senties à Francine, Rachel, Maxime et Jean-Marc que j’ai longuement croisés au 57, rue Craig Nord, bureau 101. Bienvenue John, Annik et Carole. Et mes meilleures pensées t’accompagnent, Scott.

Jean-Claude Vézina, journaliste retraité au Journal Le Haut-Saint-François

Journal papier

Des amis du journalisme indépendant

On me dit, parmi de beaux compliments sur le journal ces jours-ci, qu’il est pourtant mince.
Je suis d’accord.

Ce qu’il faut savoir, c’est que le nombre de pages d’un quotidien, hebdomadaire ou autre journal est généralement dicté par la quantité de publicité. Au Haut-Saint-François, on essaie de jouer aux alentours de 50 pour cent de publicité pour 50 pour cent de contenu journalistique.
Cela vise la rentabilité.

Mais pour notre organisme à but non lucratif qui publie le journal, la rentabilité n’est pas question de profits, plutôt de payer toutes les dépenses reliées à la publication et distribution gratuite d’un journal de qualité. Le plus de contenu journalistique que nous publions, meilleure sera notre qualité.

Avec l’explosion des sources d’information aujourd’hui—et l’implosion de la société, bien prévue en 1964 par le prof torontois Marshall McLuhan—il est maintenant plus difficile de publier un journal qui réussit à payer toutes ses dépenses. L’intérêt et surtout les sources de revenus ont aussi explosé; les petits morceaux qui en résultent doivent être partagés par beaucoup de bouches affamées.
Pourtant, un journal communautaire est une source d’information toujours centrale, fiable et essentielle à la société.

En reconnaissance de ce fait, les gouvernements viennent en aide. Le Haut-Saint-François, comme tant d’autres journaux de nos jours, reçoit des subventions du ministère de la Culture et des Communications du Québec et parfois fédérales de Patrimoine canadien, et bénéficie d’ententes d’appui avec les municipalités de notre région. Les gouvernements nous aident alors à imprimer et distribuer gratuitement autant de copies, 12 129, et de maintenir environ 50 pour cent de l’espace du journal pour le contenu journalistique, parfois plus.

À ma surprise récemment, deux associations professionnelles et communautaires ont lancé une campagne de pression pour avoir un appui plus large du gouvernement provincial. L’objectif en soi n’est pas mauvais, mais le ton de la campagne n’a pas fait de partisans à la table de notre conseil d’administration.

En fait, nous sommes reconnaissants de l’aide que nous recevons en soutien financier. Avons-nous besoin de plus? Oui! Mais nous ne le considérons pas un droit ou une obligation de la part du gouvernement.
Nous reconnaissons et nous vivons le besoin pour cette aide lors de ce passage difficile pour le journalisme fiable dans notre société actuelle; nous acceptons l’aide, mais nous cherchons aussi d’autres façons durables et autonomes pour nous assurer de notre qualité et pérennité.

Ce ne serait pas vrai de dire que nous ne sommes pas une source indépendante de l’information journalistique parce que nous recevons des subventions. Tout comme ce n’est pas vrai de dire la même chose de Radio-Canada parce qu’elle est financée par le gouvernement fédéral. Un média entièrement financé par le secteur privé a autant de vulnérabilités à son indépendance qu’un média financé par le public.

Nous avons tous des liens aux autres, que ce soit comme individus ou comme entreprises médiatiques. L’indépendance est protégée surtout par le professionnalisme des personnes qui travaillent pour l’entreprise, par une diversité des sources de revenus ainsi que par des politiques et façons de faire de l’organisme.

Dans ce sens, votre journal communautaire, Le Haut-Saint-François, lance fièrement un nouveau programme, les Amis du Journal, justement pour diversifier nos sources de revenus, améliorer notre service à la communauté et resserrer les liens entre vous et nous.

C’est une occasion de démontrer de la conviction envers l’économie locale, le journal communautaire et le journalisme indépendant. Et c’est une occasion de bénéficier de toute la visibilité et la qualité des communications que votre journal communautaire peut offrir—aux individus, organismes et entreprises.
Informez-vous! Nous espérons vous compter parmi nos Ami.es.

Coucher de soleil

Des trompe-l’œil partout

Un coucher de soleil exagéré par l’appareil cellulaire.

Vous avez peut-être déjà remarqué maintenant que vos photos cellulaires du beau coucher de soleil ou des aurores boréales sont plus belles que vous avez vu à l’œil, en réalité. Justement, les nouveaux appareils semblent augmenter et exagérer la réalité. Les nouvelles technologies nous trompent.

Ça fait penser aux conversations dans les médias sociaux, surtout aux différences d’opinion. Nos différences sont exagérées par les algorithmes ainsi que par la simple vitesse de communication, entre autres, des nouvelles technologies. Tout d’un coup, l’ami avec qui on pouvait trouver un terrain commun dans le passé a maintenant des croyances, nourries par les médias sociaux, qui sont exagérées, et nous ne sommes plus capable de s’entendre.

Dans une campagne pour la Semaine nationale des journaux plus tôt ce mois, les Médias d’Info Canada ont invité le public à un « retour à la réalité, en rendant hommage aux personnes qui produisent de vraies nouvelles…, c’est-à-dire un contenu qui fait l’objet de recherches et de vérifications avant d’être publié », selon un communiqué publié sur le site communitywire.ca le 7 octobre dernier.

En fait, la différence entre un journal communautaire et un média social est comme celle entre un producteur de pomme du Haut-Saint-François et un méga verger californien ou chinois. À qui faites-vous le plus confiance ? Pourquoi ?

Mais peut-être le méga verger californien achète des pommes produites dans le Haut-Saint-François et nous les revend. Est-ce si mauvais ? La différence est surtout dans le traitement des pommes, le traitement des informations. Est-ce qu’on veut un monde où le dialogue public et le partage des informations se passent par une méga entreprise privée dans un pays lointain ? Est-ce qu’on veut le type de dialogue présent dans les médias sociaux aujourd’hui ? Avec une exagération de la réalité ?
Quand votre journal communautaire choisit mal le titre d’un article, n’est pas assez équilibré dans son traitement d’un débat, ou critique d’une façon injuste, vous prenez le téléphone et vous appelez la journaliste ou le directeur. Bonne chance à le faire avec votre média social !

Une campagne semblable aura lieu à travers le Québec le 3 novembre prochain sous le titre « Je dépense local ». L’idée est d’arrêter le saignement de notre économie par les campagnes styles « Black Friday » et l’achat à ces occasions de produits de mégas entreprises d’ailleurs.

Vous avez peut-être déjà remarqué maintenant que le prix n’est pas un idéal en soi dans la vie. Un bas prix vient avec d’autres coûts, comme la qualité, mais aussi, de nos jours, comme la pérennité d’entreprises locales. Il n’y a plus de magasin général à Island Brook où acheter une pinte de lait ou du pain parce que nous avons préféré les acheter à plus bas prix en ville. Il n’y aura plus d’IGA à Cookshire ou East Angus à l’avenir si on préfère toujours acheter à plus bas prix à Sherbrooke ou de compagnies lointaines qui livrent le lendemain.

Il n’y aura non plus de journaux communautaires si on préfère défiler d’une distraction à une autre en ligne, d’une petite bouchée éphémère d’information à une autre. Vous lirez dans ces pages que le journal communautaire de Dudswell, Le Papotin, célèbre ses 40 ans. Encouragez vos voisins, vos jeunes à continuer de le fidéliser. Si non, on risque de perdre ses institutions vitales à la santé de nos communautés et de nos relations humaines.

Le Journal régional Le Haut-Saint-François a été créé en 1986 en partie pour « favoriser… un dynamisme » au plan de l’économie et la société de la région. Nous continuerons à le faire, avec une fiabilité et crédibilité sans pareil—en produisant « un contenu qui fait l’objet de recherches et de vérifications avant d’être publié ».

Suivez-nous de près dans les prochains mois pour voir à quel point un journal communautaire peut aider à renforcer, au lieu de distancier, les liens entre nous.

Rachel Garber

Gould was scammed

Out of the skies of cyberspace has emerged five nifty videos about our forebears here in the Townships. Right in the centre of the fivesome is Gould Station in Bury.

The videos belong to « Raising Spirits, » a series of shorts (14 to 20 minutes) « exploring the cemeteries, crossroads, and vanishing places of rural Quebec, » in the words of the Quebec Anglophone Heritage Network, the series’ promoter. They are easily found at youTube.com/@QAHNCanada.

Closest to home is the third film in the series, about Gould Station, featuring family historian, Rebecca MacMillan. This once prosperous hamlet has a sawmill and train station, but today it has almost disappeared.

One of Gould Station’s special features is that it contains the Epps home, where Bernard Epps lived and wrote many of his Eastern Townships books. Among them was The Outlaw of Megantic: One Man’s Fight Against Injustice, and another was The Eastern Townships Adventure, an ambitious work that braids together stories of the generations of Townships explorers and settlers before 1900.

Heads up : A brand new edition of The Eastern Townships Adventure is being published by the Townships Sun in partnership with the Eastern Townships Resource Centre and Shoreline Press. The Bury Historical and Heritage Society is hosting its launch on Sunday, December 1st, at the Bury Armoury.

It’s just a bit ironic that Epps does not tell the intriguing story of Gould Station itself in this book, but we have QAHN’s video to do that. In short, Gould was scammed. The railway promised the village it would have its own station if it paid for the tracks. Gould paid up, but because of the terrain, the company situated its station about 10 kilometres away from the village―in Bury! So in 1875, when the railroad was built, thus was born Gould Station—in the municipality of Bury.

The five films were produced this summer under the leadership of historian Heather Darch. They begin with Episode 1, Malmaison, telling the story of this hamlet in Stanbridge Township, once the seigneury of James McGill.

The second episode, Heathton, is about this crossroads in Barnston Township near Stanstead, located along the Stagecoach Road.

The fourth, Magoon’s Point, shows the ruins of a community near Georgeville on Lake Memphremagog, once renowned for its lime production.

In the final episode, Townships writer Maurice Crossfield tells a story about the Lost Nation, a place that no longer exists except for a tiny overgrown graveyard in the middle of a woods in West Bolton, in Bolton Township.

Nos écoles ont besoin d’une matière essentielle de plus

Le préfet Robert G. Roy lors de l’inauguration des neuf zones neutres à Lingwick en septembre.

Par un geste extraordinaire, la Nouvelle-Écosse a déclaré en septembre dernier que sa province est dans une épidémie de violence domestique, avec plus que 30 pour cent de femmes et 22,5 pour cent d’hommes déclarant avoir vécu de la violence dans leurs couples. Chez nous, dans le Haut-Saint-François, une étude récente suggère des vécus semblables.

Dans notre région, il y a 2,6 fois d’agressions sexuelles de plus que la moyenne canadienne, par exemple, souvent par un partenaire ou ex-partenaire.

Que nous soyons dans une épidémie ici ou non, le problème est répandu, et on connaît tous quelqu’un qui est affecté. Dans ma vingtaine, mon père m’a partagé comment des prédécesseurs hommes de notre famille étaient violents, des anciens citoyens du Haut-Saint-François. Depuis, j’ai rencontré beaucoup de femmes qui avaient été victimes de violence conjugale; aussi des hommes victimes d’abus verbal, de harcèlement et autres par leurs partenaires, ex-partenaires ou mères.

Des organismes et intervenants concernés se sont rencontrés en septembre pour étudier les statistiques dans le Haut-Saint-François et prioriser les actions, publiés dans un rapport de recherche, Justices pour toutes, par la Corporation de développement communautaire du Haut-Saint-François.

Ces dernières actions portent toutes sur une amélioration du problème dans le court et moyen terme, ce qui est nécessaire. En parallèle, la MRC de notre région a contribué à la création des zones d’échanges sécurisées, entre autres pour le transfert d’enfants en garde partagée.

« J’ai de la misère à concevoir dans ma tête que cela arrive », a dit le préfet de la MRC, Robert G. Roy, à Lingwick, en septembre dernier lors du dévoilement des neuf zones. « Mon rêve, c’est qu’il n’y a plus de violence, que ce soit verbal, parce que le verbal fait aussi mal que les coups. »

Mais pour qu’il n’y ait plus de violence, il faut non seulement sensibiliser les adultes, mais aussi éduquer les jeunes. La violence, comme tant d’autres comportements et aspects de la vie, s’apprend et se perpétue en cycle. Un garçon apprend à frapper à un jeune âge, comme il n’apprend pas à contrôler ses émotions jeune si ses parents ne le font pas. Une fille apprend à blesser avec ses paroles à un jeune âge, comme elle n’apprend pas à contrôler ses émotions si ses parents ne le font pas.

Nos garderies aident à apprendre de bons comportements et le respect des limites personnelles à l’âge préscolaire. Mais qu’est-ce qui est enseigné dans nos écoles ? On apprend un peu ici et là, peut-être aux sports, peut-être dans la discipline en classe, peut-être en parlant brièvement de sexualité dans une classe de science.

Est-ce assez ? Les langues et les chiffres sont des matières de base à l’école, avec raison. Mais les relations humaines ne sont-elles pas aussi fondamentales ?

S’il y a tant de violence dans les familles, ça veut dire que les enfants n’apprendront pas des relations saines à la maison.

Il est alors devenu essentiel de continuer une éducation sur les relations humaines à travers les années d’école, du primaire au secondaire et même après. On commence avec les bases à la garderie, mais ça prend des années de plus pour éduquer et pratiquer tant d’autres éléments de la matière, telles les communications respectueuses et non violentes, la gestion saine de nos émotions, la santé mentale comme la santé physique, l’évolution des phases d’un couple amoureux, les enjeux d’une séparation, comment vivre et gérer les conflits…

Ce sont tant d’éléments de la vie qu’on se laisse présentement naviguer comme des conducteurs sans phares dans la nuit. Et pourtant, ils sont essentiels pour bien vivre comme individu, en relation et en société—pour bien naviguer chacun de nos chemins sans accident grave.

La Semaine nationale des journaux

Extrait d’un éditorial par Benoit Chartier

Le vrai journalisme, réalisé par de vrais journalistes, coûte cher. Le vrai journalisme local nécessite un travail acharné de collecte des faits et présente des preuves tangibles de reportage de première main, comme de la recherche indépendante, des interviews et du travail sur le terrain, ainsi qu’un travail éditorial.

Si aucune solution miracle ne permet de résoudre la crise économique qui frappe le journalisme, il existe néanmoins des solutions qui peuvent s’avérer utiles.

Tout d’abord, les entreprises peuvent soutenir leur journal local par le biais de la publicité.
Les gouvernements fédéral, provinciaux et locaux peuvent suivre l’exemple du gouvernement Ford en Ontario et réserver 25 % de leurs dépenses publicitaires aux éditeurs de presse domestiques. L’année dernière, le gouvernement fédéral a dépensé davantage pour des publicités sur le site chinois TikTok que pour l’ensemble des publications imprimées canadiennes.

Dans un monde où la désinformation circule plus vite que la vérité, les journaux et leurs sites web permettent aux Canadiens d’être informés, de rester branchés et de s’engager dans les communautés.

Benoit Chartier est éditeur de cinq journaux hebdomadaires dont le doyen des journaux français d’Amérique, le Courrier de Saint-Hyacinthe.

Luc Larochelle

Luc Larochelle : Le cougar devenu éléphant

Sur l’île d’Anticosti : « C’était du temps où j’étais cougar, pas éléphant ! »

Un texte de Luc Larochelle

Au fur et à mesure que les dômes d’air frais poussent l’humidité au sud, le chant des cigales fait place au concert des insatisfaits qui trouvent les étés québécois trop courts. À écouter ces malheureux, l’automne devrait se résumer aux trois semaines de couleurs, en septembre, question de se soustraire aux jours pluvieux d’octobre et à la grisaille de novembre.

Dans le cercle des chasseurs, on se réjouit plutôt des automnes qui s’allongent. Le ministère de la Faune propose un nombre croissant des périodes de chasse selon l’espèce et le type d’arme. En considérant aussi la préparation des sites, les exercices de tir ainsi que le temps en post-saison consacré à la gestion de la venaison, «l’automne des chasseurs» dure maintenant pratiquement six mois, et personne ne s’en plaint !

Cette passion m’habite depuis une quarantaine d’années et elle ne baisse pas d’intensité. Côté efficacité, par contre, la réalité est toute autre.

C’est avec un brin de nostalgie que je ressasse certains jours les souvenirs des meilleures années, que je repense à la boutade d’un guide à l’île d’Anticosti qui m’avait surnommé le « cougar de l’Estrie ». Pour être franc avec vous, aujourd’hui, le cougar ressemble à un éléphant !

Le Parkinson, maladie accélérant plusieurs facettes du vieillissement et dont j’ai eu le diagnostic il y a 10 ans, complique mes déplacements. Mes muscles rigides me donnent un pas lourd et saccadé.

Le Parkinson altérant la capacité du cerveau à effectuer deux tâches en même temps, dès que je me concentre pour déposer le pied doucement au sol j’omets de regarder en avant. Convenons que les chances de surprendre un gros gibier avec le nez dans les bottines sont assez limitées. Malgré ces contraintes, une journée de chasse est pour moi une journée en classe dans une école de vie sans pareil.

Jamais je n’oublierai ces sages paroles de mon père, qui fut mon premier professeur de bois : 
«Y’a que les humains qui sont assez stupides pour oublier qu’ils devront s’adapter toute leur vie.
Les animaux sauvages se rappellent d’instinct qu’ils ne vivront pas vieux s’ils sont imprudents ou trop confortables dans la routine».

Criant de vérité, non ? C’est à l’école de la forêt que j’ai appris à manipuler les armes sans que cela fasse de moi un fou furieux ou un criminel. Il n’y a pas de règlements de compte, de meurtre gratuit ou en série dans la forêt. Les bêtes sauvages tuent seulement pour manger. La chasse n’est évidemment pas une question de survie pour nous, prédateurs sur deux pattes, mais elle est un prélèvement indispensable des plans de gestion des espèces.

La forêt s’avère donc un milieu d’enseignement sans filtre et sans faux-fuyants. C’est l’école du réel, qui laisse l’émotionnel dans la marge.

Des bêtes diminuées par des blessures, la maladie ou le vieillissement, il y en a évidemment en nature. Si un éclopé de la forêt, mon défi d’adaptation serait bien plus exigeant et stressant. J’aurais à sauver ma peau en portant le chandail dépareillé dévoilant que je suis le plus facile à attraper et à dévorer.

Si j’étais un éclopé de la forêt, en plus d’avoir à m’adapter, j’aurais à sauver ma peau même en portant le chandail dépareillé dévoilant que je suis le plus facile à attraper et à dévorer.

Il m’est arrivé quelques fois de voir des chevreuils, amputés d’un membre, prendre la fuite à toute vitesse sur trois pattes en survolant les arbres renversés ou en zigzaguant à travers le bois dense comme si de rien n’était. Je suppose qu’il s’agissait de survivants du tir imprécis d’un chasseur ou d’une collision routière. Combien de temps avaient-ils passé immobilisés dans l’eau froide pour engourdir le mal, à manger au minimum en raison de leurs difficultés à se déplacer.

Aucun professionnel de la santé pour les soigner, ni ergothérapeute pour les guider et les encourager au cours de l’exigeante phase de réadaptation. Ce qu’ils doivent en baver, ces animaux gravement blessés, pour se réhabiliter : essaye, chute, puis recommence; essaye, chute, puis recommence; essaye, chute, puis recommence. Jusqu’au moment de trouver la parfaite répartition du poids sur les pattes et la bonne charge de muscles pour la propulser. Exploit aussi renversant et émouvant que les performances de nos athlètes paralympiques rentrant de Paris !

«Dommage qu’on ne puisse pas installer des caméras pour capter ces moments de courage extrême», a déploré un de mes amis chasseurs. Oui, c’est vrai. Mais les éclopés de la forêt ne sont pas attirés par les téléréalités, lui ai-je répondu en lui citant une fois de plus les enseignements de mon père.

« Ti-gars, perds pas ton temps à chercher la cachette d’un animal blessé. Il se pousse, il s’isole, il se terre à un endroit qu’on n’aurait jamais imaginé afin que ni moi ni toi ne puissions le trouver, et encore moins le prédateur affamé pressé de le bouffer ! »

J’ai bonne mémoire, non ?
Y’a pas que des désavantages à être un éléphant…

Giratoire

Rond-point ou carrefour giratoire ?

Bonjour Monsieur Stevenson,
Dans l’article du Journal régional Le Haut-Saint-François du 11 septembre dernier intitulé : Quatre voies et des ronds-points envisagés sur la 112, j’aimerais savoir si ce sont vraiment des ronds-points qui seront installés ou des carrefours giratoires ?

À la page 2 (suite de l’article), vous écrivez « Aussi les travaux sur la route 112 autour du rond-point de l’autoroute 610… ». N’est-ce pas plutôt un carrefour giratoire ?
Je vous remercie de bien vouloir éclairer ma lanterne !
Bonne journée.

Lucie Duquette,
Ascot Corner

Notre réponse
Merci pour votre question, Madame Duquette !
Selon nos recherches dans le Grand dictionnaire terminologique du Québec, publié par l’Office québécois de la langue française (OQLF) :

« Qu’on l’appelle carrefour giratoire, en circulation routière, ou rond-point, dans la langue courante, ce type de carrefour présente une configuration annulaire typique et il a pour fonction de rendre la circulation fluide ; mais, selon les pays, il y a parfois des distinctions quant au sens de la priorité des voitures qui s’y engagent ou y circulent. Une signalisation adéquate est nécessaire pour lever les ambiguïtés et réduire le risque d’accident. »

Le terme privilégié et recommandé par l’OQLF est « carrefour giratoire ».

Mais, notre lectrice assidue a approfondi ses propres recherches :
« Je vous invite à regarder ce reportage de Radio-Canada Sept-Îles où la distinction est très claire », a écrit Mme Duquette par la suite à notre première réponse à sa lettre. « https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/682505/carrefour-rond-point-sept-iles. La différence se fait selon la priorité. À ce que je comprends, dans le rond-point c’est l’usager qui s’engage qui a priorité. Dans le carrefour giratoire, c’est l’usager qui est déjà engagé qui a priorité».

« J’ai aussi trouvé ceci aujourd’hui sur le site de l’Association québécoise des transports (même si cela date de 2010), https://aqtr.com/association/actualites/synthese-memoire-decennie-giratoires-quebec-bilan-comportement-usagers»  « Le réseau routier québécois compte trois types d’aménagements circulaires : le carrefour giratoire, le rond-point et les autres aménagements circulaires. Considérés comme des synonymes par l’Office québécois de la langue française, le giratoire et le rond-point présentent peu de différences. Leurs dissemblances sont d’ordre technique : le rond-point est régi par la règle de priorité à droite et le giratoire par la règle de priorité à l’anneau. »

« Est-ce que cela vous éclaire autant que moi ? Je crois que je n’ai jamais eu affaire à un rond-point. Si c’est vraiment un rond-point qui sera sur la 112, les gens devront apprendre l’ordre de priorité. Tout comme moi. »

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